La machine s’arrête de Edward Morgan Forster

Les éditions L’échapée nous propose une réédition de la nouvelle d’Edward Morgan Forster à un moment où elle trouve un écho tout particulier. Cette nouvelle est particulière a bien des titres et l’une des principales raisons tient à la période où elle a été écrite – 1909 – et la capacité qu’à eu son auteur à anticiper ce qu’est devenu notre monde.

Si je parle de la pertinence de la réédition dans cette période post-confinement, c’est parce que la situation dans laquelle nous nous sommes trouvé.e.s pendant plusieurs mois correspond fortement au quotidien des habitants de la Terre dans ce futur technologique… Tout le monde vit désormais à distance sous le contrôle d’une Machine qui régit l’ensemble des besoins des humain.e.s tout autant que leurs relations et leurs vies sociales. Dans ce monde technologique, Vashti trouve son compte et vie une vie on ne peut plus calme, en ligne totalement avec son époque alors que son fils Kuno semble avoir des velléités de s’opposer à la société actuelle : tout commence d’ailleurs par une demande de ce dernier à sa mère de venir le voir, car il remet en cause cette Machine qui sert d’intermédiaire…

La Machine représente beaucoup mais elle n’est pas tout. Je vois une chose qui vous ressemble dans cette plaque, mais je ne vous vois pas. J’entends une chose qui vous ressemble dans ce téléphone, mais je ne vous entends pas. C’est pourquoi je veux que vous veniez

Cette façon de régir nos relations sociales fait d’ailleurs énormément écho à nos médias sociaux, sentiment renforcé fortement par cette période d’enfermement où nous avons dû gérer, en plus de nos relations professionnelles, nos relations personnelles au travers de réunions en ligne et d’apéros virtuels à coups de Skype, Hangout ou et autre messenger… La description que nous présente Edward Morgan Forster de ces méthodes de communication étonne par leur justesse car il a anticipé un certain nombre de nos inventions désormais courantes parmi laquelle la visio conférence et la télévision. L’image qu’il nous donne de la technologie et de la façon dont l’homme la consomme est terrible… et tellement la encore d’actualité !

Chaque habitant.e a totalement délégué sa vie à la Machine et c’est elle désormais qui est le plus en mesure de définir ce qui est le mieux pour nous et tout tourne désormais autour de cette Machine jusqu’au point de la déifier car elle fournit tout ce qui est utile à l’Humanité, tant d’un point de vue matériel qu’immatériel. Elle influence même la façon dont l’humanité doit avancer !

L’homme doit être adapté à son environnement, n’est-ce-pas ? A l’aube du monde les faibles doivent être plus exposés sur le mont Taygète, à son crépuscule les forts subiront l’euthanasie, afin que la Machine puisse progresser, afin que la Machine puisse progresser éternellement.

Mais cette paresse physique va entraîner bien entendu d’autres types de paresse et, bien que le récit soit vraiment axé autour de cette relation entre la mère et son fils, autour des relations sociales qui sont complètement factices, l’auteur pointe aussi du doigt l’effet catastrophique du développement de l’industrie, dont la Machine est l’apothéose, sur notre planète… Cet enfouissement de la population est directement liée à la contamination de la surface par l’industrie rendant la vie impropre à la surface. A tel point que ce déplacement demandé par Kuno à sa mère est une épreuve quasi insurmontable.

La disparition aussi de l’intellect semble se profiler, les personnes ne travaillant que par effet indirect sur leurs sujets d’études, prenant appui sur ceux qui ont déjà commenté pour commenter les commentaires, attitudes très en vogue actuellement dans notre société moderne…

Méfiez-vous des idées de première main ! s’écria l’un des intellectuels les plus évolués d’entre eux. Les idées de première main n’existent pas vraiment. Elles ne sont rien de plus que des impressions physiques produites par l’amour et la peur. Qui pourrait ériger une philosophie sur cette base grossière ? Faites en sorte que vos idées soient de deuxième main, et si possible de dixième main, car elles seront alors très éloignes de cet élément perturbateur : l’observation directe.

Un texte brillant, terrible d’actualité, qui montre à quel point l’homme est prévisible ou en tout cas, à quel point les travers étaient prévisibles.

Une nouvelle à découvrir absolument et une excellente idée de le rééditer post-confinement.

L’échapée (Juillet 2020) – 110 pages – 7 € – 9782373090765
Traducteur : Laurie Duhamel
Titre Original : The Machine stops (1909)
Préface : Pierre Thiesset
Postface : Philippe Gruca et François Jarrige

La Machine nous a volé le sens de l’espace et du toucher, elle a brouillé toute relation humaine, elle a paralysé nos corps et nos volontés, et maintenant elle nous oblige à la vénérer. La Machine se développe – mais pas selon nos plans. La Machine agit – mais pas selon nos objectifs. Nous ne sommes rien de plus que des globules sanguins circulant dans ses artères.

Publiée en… 1909, cette stupéfiante anticipation écrite par le grand auteur britannique E. M. Forster (1871-1970) dépeint une société dans laquelle tous les besoins sont satisfaits par une machine omnipotente. Dans leur désir de confort total, leur obsession de se maintenir à distance des autres et du monde physique, et après avoir exploité les richesses de la nature, les humains s’en remettent donc à la seule technique, devenue leur idole.

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