Les Explorateurs de Alan Spade

Huit nouvelles de science fiction qui se lisent avec plaisir. Et ce n’est pas évident de faire de la SF à notre époque, où tant d’évolutions techniques sont, sinon réalisées, sinon réalisables, ne nécessitant que des moyens financiers. L’imagination doit palier le dépaysement que procurait l’extrapolation sur ces moyens technologiques futurs. Emmanuel Guillot y arrive très bien.
Le langage « SF » – ce trait typique souvent rébarbatif pour le lecteur, est très bien construit, avec en plus un glossaire très complet à la fin du livre.
Les récits sont une façon de présenter l’univers que Emmanuel Guillot crée, récit après récit. Un univers, qui pourrait devenir un terrain de jeu sans limite, à part son imagination, comme l’ont fait avant lui nombre d’écrivains de SF et de fantasy.

Les Explorateurs
Kara et Covain sont enfermés dans un petit vaisseau, envoyé par un consortium minier, pour une simple mission de reconnaissance. Les deux explorateurs sont loin de s’apprécier, mais la mission prime.
L’aspect exploration ne sort pas de l’ordinaire, et tout l’intérêt du texte tient dans la description des rapports entre les deux explorateurs, l’un typique de la « brute » épaisse, macho, et l’autre, une jeune femme qui a pour but de découvrir, durant ses voyages, des traces d’ancienne civilisation.
Marinopolis
Une planète recouverte d’un Océan en furie. L’homme s’y est installé sur la surface, sur des plates formes. Par contre, les profondeurs sont gardées jalousement par le peuple indigène.
C’est aussi le lieu d’un Championnat interstellaire de Discosurf, sorte de planche techniquement et électroniquement modifiée, permettant de surfer sur cet océan. Burt Foster est le champion, toutes races confondues, de ceux qui se jouent des vagues immenses de Marinopolis.
Seulement, sa vie heureuse va prendre un tournant inattendu lorsque sa sŒur sera enlevée.
La nouvelle traite d’un sujet tout aussi classique en SF, française en tout cas. L’écologie et les méchantes usines qui détruisent tout écosystème. L’intérêt vient de l’invention des descriptions de Burt et de son Discosurf, support d’action et d’invention pour un sujet qu’il devient difficile de ne pas rabâcher.
La Chasse
Après un attentat de grande envergure par une faction indépendantiste, Nathan Simmons a perdu sa femme, Marina.
Il veut la venger, et pour cela essaye de s’engager dans les forces qui combattent ces terroristes. Mais on le repousse. Il prend alors la décision d’effectuer seul cette vengeance. Mais pour cela, il lui faudra passer beaucoup de temps à se transformer en limier et en tueur, deux traits très éloignés de sa personnalité. Rien de tel que la chasse pour se mettre le pied à l’étrier. Surtout lorsque la proie est intelligente et dangereuse.
La nouvelle est courte, mais très bien faite. On ne devient pas tueur si facilement nous dit la nouvelle. Un message d’espoir en l’humain que l’on aimerait bien croire.
Désastre
Le lieutenant Jim Shirba est un médecin militaire chargé de dettes. Lorsqu’une jeune femme, militaire elle-même, et a son goût, lui propose une affaire qui le sauverait de ses créanciers, il hésite à peine.
La première des nouvelles qui met réellement en jeu plusieurs races de l’univers d’Emmanuel Guillot, avec la constitution d’un groupe de voleurs aux membres divers et variés. L’auteur s’amuse bien avec les rapports humains, et extra humains.
Le Plasmode
Segrelen est une planète coincée entre les forces colossales de deux soleils.
Dans le sol de cette planète au sol recouvert de sable, est lovée une unique créature, qui envoie des parties d’elle patrouiller la planète, toujours à la recherche d’informations.
Lorsque qu’une fois de plus, un vaisseau humain vient se poser sur sa planète, une de ses excroissances vient aux nouvelles.
Sur fond d’une planète et de créature extra-terrestre, une petite photographie personnelle de l’auteur sur l’évolution sociale de l’humain. La nouvelle est courte, et l’exercice n’a pas le temps d’être rébarbatif. Un texte sympathique.
Confrontation
Le capitaine Neleth Ortez est une femme forte. Il faut l’être pour avoir atteint la place qu’elle occupe dans la flotte de la Confédération. Et ce n’est pas l’incompréhension de ses filles qui changera quoi que ce soit. Pour l’instant, elle a une mission d’une importance vitale pour la Confédération à effectuer.
Ha, voilà une vraie nouvelle de Space opera. Combat dans l’espace, extra terrestres méchants comme il se doit. Solidarité entre guerrier, entre frères de combat. Nickel et sans prise de tête.
On y rajoute une petite part de féminisme, et la redécouverte finale que la vie n’est pas seulement la guerre, et on se retrouve avec un récit certes sans grande surprise, mais qui se lit pour ce qu’il est. Une bonne nouvelle de space opéra.

Entre deux feux
Ulem Beltran est un technicien de l’eau de la Centrale des Eaux d’Arcasie. C’est aussi un homme qui plaît aux femmes, et vice versa. Mais lorsqu’il se met comme objectif de rajouter Yona Y’ags à son tableau de chasse, il ne sait pas encore que cette fois, ce peut-être sa dernière conquête.
Une nouvelle sur l’amour partagé, sur la possibilité d’aimer de la même intensité plusieurs partenaires. Sujet déjà traité, oui, bien sur, la chute sort de l’ordinaire dans cette nouvelle. Et le personnage d’Ulem est intéressant.
Source de jouvence
La famille Nerdeb part pour un simple voyage, mais très important pour le mari, Iskal, roboticien, qui va présenter sa grande Œuvre à ses confrères.
Malheureusement, des pirates de l’espace vont apporter des imprévus fort désagréables à la petite famille. Mais ce n’est pas ça qui va désespérer pour autant la famille Nerdeb.
Sur fond de voyage spatial, c’est l’unité de la famille qui est traitée, et la force qu’elle peut engendrer, avec ses constituantes, l’amour, l’instinct familial, les forces insoupçonnées que ce mot, famille, peut générer.
En prime, la chute est bien faite, avec un gentil humour.

Fragments d’un futur dans lequel l’homme navigue entre les étoiles, les huit
nouvelles qui composent ce recueil, liées par des références communes de
telle sorte qu’il est possible de lire le tout comme un roman, vous transporte-
ront au sein d’un univers cohérent, dans l’espace ou bien à la surface de pla-
nètes exotiques ayant pour nom Marinopolis, Chrysalin ou Elsevia. S’y
côtoient humains et non humains, confrontés à des créatures ou des techno-
logies inquiétantes, quand ce n’est pas à leurs propres démons…

Quatre longs cockpits effilés et des ailes aux formes aiguisées de ptérodactyles s’alignèrent dans son sillage. Les Zarins zayborgs augmentèrent leur vitesse, contraignant leur proie à faire de même. Les astéroïdes défilaient maintenant à toute allure, environnés des lumières aveuglantes d’explosions de missiles ou se zébrant de traînées de plasma. Spiker savait la lutte inégale : grâce aux modifications bioélectroniques apportées à leur cortex cérébral à l’échelle moléculaire, ses poursuivants ne faisaient qu’un avec leur vaisseau.”
Lokomodo (6 juillet 2009)415 pages 15.00 € ISBN : 9782359000054 En savoir plus

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