Rencontre avec Karim Berrouka

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Moyenne : 9.0/10 (1 vote pris en compte)

Cette année est paru Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu aux éditions actuSF qui va plonger une jeune femme dans l’univers lovecraftien, dans un délire qui n’a rien a envier aux titres précédents Le Club des punks contre l’invasion zombie ou encore Fées, Weed et Guillotine. Intrigué par tant d’imagination, nous avons demandé à Karim de nous donner quelques clés. Nous ne pouvions pas non plus passer à côté d’infos sur les Ludwig Von 88 !

Cela fait quelques temps que nous n’avions pas échangé avec toi sur ton actualité (10 ans en fait)… Alors j’ai envie de commencer par : quoi de neuf ?

Un joli livre vert plein de tentacules après une incartade au pays des punks, enfin ce qu’il en restait après la fin du monde, et une course poursuite avec des fées et des créatures diaboliques à travers la France (avec quelques précisions inédites sur les bienfaits de la guillotine). Soit trois romans, un vert, un rouge et un jaune. Pour le prochain, j’hésite. Bleu ou violet.

J’ai envie de te demander : pourquoi les genres imaginaires t’attirent tant ?

Tous les genres m’attirent en fait. Il se trouve que j’ai commencé à écrire du fantastique et, de fil en aiguille, je me suis retrouvé à être publié chez ActuSf qui se spécialise dans la SFFF. Quand je leur propose des essais sur les marsouins, ils font la gueule. Je continue donc dans la SFFF, en perçant des poupées vaudous à l’effigie de Jérôme Vincent tous les soirs de plein lune.
Sinon, on peut aussi avancer que la SF et le fantastique ont constitué une part importante de mes lectures entre 10 et 20 ans (après je me suis mis au nouveau roman, j’ai méprisé la SF, j’ai pouffé à l’évocation du fantastique et j’ai royalement ignoré la fantasy – mais je suis guéri maintenant, depuis que je me suis lancé dans l’autosciencefiction).

J’aimerai commencer par parler de ta dernière parution chez Actu SF, Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu : il n’y a pas qu’Ingrid qui n’a peur de l’affreux Cthulhu… Tu n’as pas peur de représailles de l’une ou l’autre des factions ?

Cthulhu me protège.
Je suis un peu déçu du manque de dogmatisme des fans de Cthulhu. Des couilles molles. Je m’attendais à une levée de bouclier, des défilés dans les rues avec des fanatiques habillés en vert et en tentacules, avec des slogans à la con repris par BFMTV. Il faut croire que les adorateurs de Cthulhu sont moins organisés que les défenseurs des prudes valeurs rétrogrades des divers monothéismes.
C’est dommage. J’aime choquer les bigots, les dogmatiques, les raides du cervelet. La littérature est un espace de création, de liberté. Ceux qui veulent la figer doivent être sacrifiés à Shub-Niggurath.

Je voudrais savoir ce que tu en penses : prend-on un risque à lire ce titre si nous n’avons pas découvert l’œuvre de Lovecraft ?

On prend énormément de risques, c’est certain. Qu’on connaisse ou non HPL. Toute lecture est une énorme prise de risque de la part du lecteur. Sa vie peut s’en trouver modifier, son âme corrompue, son avenir réduit à quelques mornes secondes qui se délitent à la vitesse d’un TGV coincé en Gare Montparnasse.
Sinon, pour répondre à ta question, car oui, il m’arrive aussi de répondre aux questions : non, on ne prend aucun risque. L’héroïne ne connait rien à HPL au début du livre. Elle le découvre au fil du récit. Celui qui ne connait pas HPL pourra le découvrir avec elle, celui qui est plus familier de l’œuvre devrait y trouver clins d’œil et allusions, et trouver conforter dans l’idée que, oui, HPL était génial, et que oui, HPL était raciste, que oui, HPL était à ce point effrayé par les femmes qu’il les a, dans ses récits, transcendées en entités cosmiques indicibles, impies et corrompues, qui font danser les sauvages à la nuit tombée, tourmentent jusqu’à la mort les universitaires, mais inspirent les artistes (en les rendant fous mais bon…)
Le livre est sorti depuis 3 mois. Pour l’instant, pas de plainte pour incompréhension, pas de lecteur furieux d’avoir eu en main un livre dont les clefs étaient cachées dans les sombres contrées oniriques des espaces du centre du chaos nucléaire de l’univers. Bon ma mère n’a rien compris et mon père ne me parle plus, mais c’est accessoire.
Ce livre est donc conseillé à tous. Surtout aux fans de physique quantique.

J’imagine que, peut-être plus que les autres, ce titre t’a demandé de travailler beaucoup sur les univers lovecraftien pour ne pas t’attirer les foudres des fans de l’auteur ?

Euh non. Les fans de l’auteur sont tous fous, ou morts, ou ils ne lisent pas.
J’ai relu des nouvelles de HPL, surtout celles où l’on trouve des allusions aux Grands Anciens et autres sommités cosmiques indicibles. C’est pas vraiment du travail. Je reconnais toutefois avoir consulté quelques pages web et avoir souligné pas mal de phrases au crayon de papier dans mes bouquins. Ça reste assez minimal comme boulot.

Ce que j’ai bien aimé dans les 3 titres que j’ai lu de tes romans (Le Club des punks contre l’invasion zombie et Fées, Weed et Guillotines), c’est ce côté (un peu) déjanté : cet aspect est-il crucial pour toi ?

Dans ces romans oui. Puisqu’ils tendent vers l’absurde, qu’ils essaient de retourner des stéréotypes, de se moquer en rendant hommage. J’aime bien les bouquins déjantés. Il y en a malheureusement peu dans la SFFF. Ça fait fuir les éditeurs. Les éditeurs sont des couards.

55908Deux de ces titres ont été primés (Prix Elbakin en 2014 pour Fées, Weed et Guillotines et Prix Julia Verlanger en 2016 pour Le Club des punks contre l’invasion zombie) : qu’est-ce que cela représente ?

La gloire ultime.
Des bandeaux rouges sur les livres.
Des ventes par millions.
Des collègues jaloux qui me pourchassent avec des piolets dans les salons.
Des adoratrices enthousiastes et des adorateurs extatiques.
Des pages de blogs entièrement dédiées à ma gloire.
Des trophées que j’accrocherai au-dessus de ma cheminée quand j’aurai une cheminée.
La reconnaissance de mes pairs.
La fierté de ma mère.
Mon inscription au panthéon des auteurs cités sur wikipédia.
Et plein d’autres trucs méga-délirants que je tairai ici, bienséance oblige.

Après l’univers de Lovecraft, les fées et les zombies, as-tu une idée sur la prochaine cible de tes écrits ?

J’ai des idées plein mon ordi, mes cahiers de notes. Mais la plupart sont très mauvaises. Les autres, je les trie et, un jour, selon l’humeur, la saison, le sens des alizés, j’en choisi une parce qu’elle me parait porter assez de potentiel pour en faire un roman. Pour le moment, non, rien de précis, je n’ai pas choisi, le sens des alizés n’est pas encore propice. J’hésite. Je voudrais faire de la fantaisie lyrique, ultra sérieuse. Ou de l’autofantasy ultrachiante. Ou les deux en même temps. Je crois que je vais opter pour le théâtre.

Côté musique, cela donne quoi avec Ludwig von 88 ?

Quelques concerts en 2018, une tournée prévue pour 2019 et un nouvel album, si on n’a pas splitté avant. On a repris les concerts un peu par hasard, pour cinq dates comme ça, pour se faire plaisir. Puis on a fait durer le plaisir. C’est bien, ça rend les gens heureux, on fait du sport en cavalant sur les scènes, on visite à nouveau les autoroutes du pays. Bref, que du bonheur.

Quelle va être ton actualité dans les prochains mois ?

Je quitte Paris pour la province, donc je vais porter des cartons et percer des trous pour fixer des tringles. Ensuite, je vais aux Utopiales, au Salon de Sèvres, à Lire en poche et quand j’ai fini tout ça, je pars en pèlerinage à Compostelle à dos d’âne retrouver mes ancêtres, ô glorieux pourfendeurs.

Je te laisse le mot de la fin :

C’est sympa de ta part. Je vais le mettre au congélateur et je le sortirai quand tu passeras dans le coin. On verra ce qu’on en fera mais ce sera certainement un truc vraiment sympa. Genre un ragoût de mot de la fin.

Rencontre avec Karim Berrouka, 9.0 out of 10 based on 1 rating

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