Le jour où l’humanité a niqué la fantasy de Karim Berrouka

Karim Berrouka sévit depuis quelques années maintenant dans les genres d’imaginaire et après la réédition il y a quelques jours de Les ballons dirigeables rêvent-ils de poupées gonflables là encore chez ActuSF, c’est la fantasy qui vient sur le devant de la scène avec la parution – enfin – de Le jour où l’Humanité a niqué la fantasy. Pourquoi enfin ? Parce que la crise sanitaire a décalé la parution de quelques mois, faisant piaffer d’impatience les lecteurs amateurs d’un imaginaire décalé.

Il est à noter que Karim nous avait donné quelques indications dans son interview de 2018 sur ce que pourrait être son prochain roman et les indices sont significatifs : à l’époque, il nous avait dit que son prochain roman aurait une couverture bleue ou violette (donc violette) et d’autre part qu’il perçait des poupées vaudou de Jérôme Vincent tous les soirs de pleine lune (Pour ceux qui ne connaisse pas Jérôme, il s’agit du boss d’ActuSF)

Mais qu’avons-nous fait à la fantasy ?

Après avoir montré ce que pourrait être une invasion zombie (Le Club des punks contre l’invasion zombie), après avoir montré à quelle point les fées pouvaient faire n’importe quoi (fées, weed et guillotine) et aussi que Cthulhu rôde et pourrait nous foutre le bordel (Celle qui n’avait pas peur de Cthulhu), c’est au tour des personnages de Fantasy de vouloir péter notre quotidien. Pourquoi ? Tout simplement parce que les lutins et autres créatures de féérie considère que nous avons vraiment niqué la fantasy et veulent nous le faire payer…

Alors cela commence par une prise d’otage dans une bibliothèque où nous découvrons que les lutins ne sont pas aussi petits que cela et ont vraiment des noms imprononçables (Puckamspinnrade pour celui-là). Heureusement que l’armée est là pour sauver la partie et éviter le drame… ou pas…

Je veux savoir à quelle mouvance salafiste on a affaire. Ca aiderait pour les missiles de représailles. Pas qu’on ait spécialement besoin de viser juste, mais vous savez ce que c’est, aujourd’hui, avec les médias, la résurgence de l’anti-France, l’omoniprésence des crypto-gauchistes de gauche… Hier, personne ne vous sautait à la jugulaire dès que vous rasiez un village-vacances en pensant atomiser une base rebelle. Tout se délite

Colonel Forqueray

Cette situation aurait pu sembler sous contrôle si dans le même temps (à cette expression), Olga ne se retrouvait pas avec un partenaire sexuel d’un soir qui se sert de son engin comme dans un lance-flamme au risque de détruire le petit cocoon de la jeune femme. Bref, vous comprendrez que le monde semble encore dans une possible pente glissante et ce ne sont pas les trois punks Jex, Skrook et Pils qui diront le contraire.

De l’absurde, de l’absurde et des guests stars

Karim continue donc dans la lignée de ses titres précédents en misant une nouvelle fois sur l’absurde et sur les codes du genre… S’amusant à détourner les créatures habituelles du genre que ce soit les lutins qui se retrouvent avec une taille à l’opposé de leur réalité féérique habituellement admises ou les fées que je vous laisse découvrir.

Nous retrouvons aussi la culture punk avec une note d’autodérision, la musique punk étant un moyen de protéger les habitants d’un petit village des incursions du monde d’à côté (ou d’en dessous). Karim a du s’éclater à écrire ce roman, et on l’imagine sans nul doute en train d’éclater de rire sur certains des passages… Notamment ceux où il fait intervenir ces petits camarades, car oui, nous avons une pléthore de Guest Star, du monde de l’imaginaire….

Et si Léo Henry ne fait qu’une rapide apparition dans les toutes premières pages, vous pourrez voir que Li-Cam, Elisabeth Ebory et Stefan Platteau vont avoir une part active dans l’aventure pendant que Jérôme Vincent sera un peu plus mis sur le côté mais c’est une autre histoire (une vengeance livresque & scénaristique ? un juste retour de la maltraitance de l’éditeur vis-à-vis de ses auteurs ?)

Bref, un roman que je recommande une nouvelle fois (et pas uniquement pour ne pas figurer parmi les potentielles victimes du prochain) pour ce côté totalement décalé qui nous fait du bien. Un peu de lâcher prise et moins de sérieux pour mettre un peu d’humour et de bonne humeur…

ActuSF (19 février 2021) – 426 pages – 19,90€ – 9782376863199
Couverture : Diego Flavio Tripodi

Au départ, il y a un lutin qui hurle « Vous avez niqué la fantasy ! » alors qu’il retient en otage plusieurs personnes dans une bibliothèque. Et puis il y a le coup d’un soir d’Olga qui se met à déconner et à foutre le feu à son appartement, avant d’aller brouter les pissenlits par la racine. Et il y a aussi les trois punks Jex,
Skrook et Pils qui doivent jouer au Festival du Gouffre tandis qu’il se passe de drôles de trucs dans la forêt d’à côté.

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