Interview : Chris Debien

Réalisée par :mail
Date :Mai 2009
Allan : Bonjour Chris, je te remercie d’avoir accepté de répondre à quelques unes de mes questions. La première question n’est pas très originale mais on ne revient pas sur les traditions : Chris, qui es-tu ?
Chris : Bonjour et encore merci d’accorder un peu de place à Luther et moi-même sur ton site… Et rassure-toi si ta première question manque un tantinet d’originalité, la réponse n’en reste pas moins, pour moi, assez complexe. En effet, étant donné mes multiples casquettes, j’ai parfois du mal à m’y retrouver !
Je vais donc faire dans le « classique » : je fais partie de la tribu des quadras et je suis, le jour, responsable des urgences psychiatriques du CHRU de Lille. A contrario, pendant la nuit, je me transforme en une sorte de créature autiste vrillée à son écran d’ordinateur, m’efforçant de donner vie à des univers littéraires bourrées de créatures fantastiques et d’aventures épiques. Médecin-psychiatre dès l’aube, « raconteur d’histoire » au crépuscule, voilà une formule qui pourrait résumer ce que je suis !

Allan : J’ai lu que tu as continué ton métier de psychiatre urgentiste, cela n’est-il pas trop compliqué de concilier travail d’écriture, vie de famille et vie “professionnelle” ?
Chris : A vrai dire, j’ignore si je parviens réellement à concilier les trois ! Je suppose qu’il faudrait demander son avis à ma femme, à mes trois lutins et à mes patients !
Plus sérieusement, depuis que je me suis lancé dans l’écriture de façon rigoureuse, mon quotidien s’est radicalement transformé : avant, j’étais un grand « bordélique », toujours en retard, oubliant des rendez-vous, travaillant au dernier moment (enfin, ça, ça n’a guère changé… au grand dam de mon éditrice ;)) et maintenant tout est soigneusement organisé. Dans la journée, le travail puis la famille jusqu’à 21h30 et enfin l’écriture jusqu’à minuit, deux heures du matin… La plupart du temps, ça se passe plutôt bien mais lors des périodes de « bouclage » (c’est-à-dire peu de temps avant la dead-line), tout est chamboulé et ça redevient le bazar !

Allan : Avant de parler du cycle de Khëradön, peux-tu nous dire ce qui t’intéresse dans les novellisations des bandes-dessinées (je pense notamment à Lanfeust de Troy) ?
Chris : En fait tout a commencé par la novellisation de Lanfeust. En effet, auparavant, Pat (mon frère d’imaginaire jusqu’à Khëradön) et moi, avions commis quelques scenarii de jeu de rôle pour la revue Casus belli puis pour Oriflam et Siroz et nous ne pensions pas vraiment à nous lancer dans des romans.
Et puis un jour, Charlotte Ruffault (la grande prêtresse d’Hachette Jeunesse) nous a contacté pour nous atteler à la novellisation de la prestigieuse BD d’Arleston…
C’est là que nous avons appris énormément de chose : se plier à des contraintes multiples (d’univers, éditoriales, temporelles, etc…), savoir retravailler ses textes tout en n’y perdant pas son « âme », gérer les relations entre auteur et directrice éditoriale, etc… Bref, c’est au cours de ce travail que nous avons véritablement appris à écrire !
Mais, dans ce domaine, mon plus grand plaisir a été surtout la novellisation de Skyland car les créateurs de l’univers m’ont laissé la bride sur le cou sur de nombreux aspects de l’histoire et, au total, Skyland a été un véritable roman bien plus qu’une simple novellisation.

Allan : Et maintenant comment présenterais-tu le cycle de Khëradön aux lecteurs qui n’auraient pas encore débuté ton cycle ?
Chris : Les Chroniques de Khëradön représentent avant tout une aventure « humaine », l’histoire d’une poignée de personnages principaux (je déteste l’appellation de héros) aux prises avec leur destin. Ce qui m’a intéressé avant tout c’était de me focaliser sur les personnages, leur personnalité, leurs doutes, leur humanité en quelque sorte. C’est d’ailleurs pour cela que, dans le premier tome, l’univers semble en retrait par rapport à l’histoire : je ne voulais pas sacrifier la richesse de mes protagonistes au détriment d’un monde trop complexe. On me l’a reproché mais tant pis, pour moi le sujet est bien plus important que le décor.
Au total, les Chroniques de Khëradön sont l’occasion pour moi d’interroger ce qui fait la profondeur de « l’homme » et de distiller quelques axes de réflexion autour de notion comme la tolérance, le respect de l’autre, etc… Mais que les lecteurs se rassurent, il ne s’agit pas d’un pamphlet philosophique et ils trouveront leur lot de combats épiques, de magie étrange et de femmes de caractère !

Allan : Les personnages sont très travaillés, est-ce ton travail qui “déteint” sur ton écriture ?
Chris : Déteindre est même en de ça de la vérité : en fait je me nourris de mon travail et, en particulier, des émotions que je ressens moi-même ou que je pressens chez mes patients. Chacun des actes de mes personnages, chacun de leurs sentiments est inspiré par des situations que j’ai pu rencontrer : le drame, la trahison, l’amour (y compris physique), etc… J’ai essayé (mais ça c’est à vous de dire si j’ai réussi) de donner aux lecteurs un concentré d’émotions…

Allan : Trois types de magie sont présentes dans ton univers, dont la Lahm : pourquoi avoir ajouté une troisième force aux habituelles magies “bénéfique” et “maléfique” ?
Chris : Justement parce que c’était habituel ! Et surtout parce que cela ne correspondait absolument pas à la réalité. Dans la « vraie vie », rien n’est tout noir ou tout blanc et le manichéisme conduit même à des sentiments, des attitudes extrémistes que j’exècre. Aucun être humain n’est foncièrement bon ou mauvais, et chacun a le choix (on y revient !) de trouver « sa » voie entre les deux, de baliser son propre chemin. C’est cette notion que j’ai désirée « matérialiser » dans mon système de magie. D’ailleurs, la troisième force ne s’appelle pas Lahm par hasard…

Allan : A la fin du premier volume, tu laissais les “Gentils” plutôt mal en point (c’est peu de le dire) et dans le second, je ne trouve pas que leur situation s’améliore suffisamment… Tu maintiens toujours qu’il s’agira d’une trilogie ?
Chris : Pas suffisamment ? Oui, tu as tout à fait raison !
En fait, je voulais encore une fois respecter une évolution « réaliste » (c’est un peu étrange de parler de réalisme dans une série fantastique…) des événements. Et comme le « Mal » possède une force de frappe impressionnante, il est logique que les « gentils » souffrent encore un peu. Toutefois, je persiste à dire (et mon éditrice aussi ;)) qu’il s’agira bien d’une trilogie : en effet, l’arrivée des Vigilants et la révélation qui va se produire en début de tome III vont changer la donne. Et puis qui te dis que tout cela va se conclure par une happy end ?
Allan : Un personnage me semble plus intéressant que les autres car détentrice d’un savoir immense et détiens la clef des évènements passés : Graäne… Pourtant, son rôle reste relativement secondaire : peut-on espérer en apprendre plus sur le sujet ? Au cours d’une Préquelle par exemple ?
Chris : Tu lis dans mes pensées !
Effectivement Graäne est un personnage que j’apprécie au plus haut point et qui mérite sans aucun doute un développement personnel plus important. En fait, au départ, Graäne n’était qu’un élément destiné à alimenter le suspens, une sorte de « joker » et puis, petit à petit, elle est devenue le véritable mentor des Chroniques !
Le tome III sera d’ailleurs l’occasion de préciser son rôle, ses rapports avec les Vigilants, les Sephers et plus généralement avec la pré-histoire des Terres Tranquilles, de lever le voile sur la mythologie de ce monde… Mais les Chroniques de Khëradön ne sont pas l’histoire de Graäne et de nombreuses zones d’ombre persisteront à la fin de ce cycle…
C’est pourquoi, j’ai en effet pensé à élaborer une « Préquelle » centrée sur ce personnage, sans doute une nouvelle trilogie mais dont chaque tome se déroulerait à une époque différente éloignée de l’autre dans le temps (Graäne étant âgée de plusieurs siècles cela permet de se focaliser sur les moments importants). Ceci n’est qu’un projet et il me reste encore à convaincre l’éditrice (cela dépendra du succès de cette trilogie) mais surtout j’aimerais réaliser cette « Préquelle » en bande-dessinée. Avis aux amateurs !

Allan : Les deux titres sont parus de façon assez proche (novembre 2008 et mai 2009) : peut-on donc espérer avoir le troisième volume dans quelques mois ?
Chris : Dès le début, je m’étais fixé la contrainte de boucler la trilogie en un an. J’avais trop souffert en tant que lecteur de l’attente interminable inhérente aux cycles de fantasy et je me refusais de tomber dans le même travers. En accord avec mon éditrice, nous avons donc élaboré un calendrier de remise des manuscrits très strict : c’est pourquoi, vous devriez pouvoir découvrir le tome III vers novembre de cette année ou, au pire, en janvier 2010.

Allan : Il semble que les Editions Hachette souhaitent mettre ton livre réellement en avant : est-ce une reconnaissance pour toi ?
Chris : Oui, mille fois oui même si la plus grande reconnaissance est celle que je reçois des lecteurs lors de nos rencontres « réelles » sur les salons ou « virtuelles » via le net.
Mais je pense que je ne rendrai jamais assez hommage à Charlotte Ruffault et à Caroline Guillot-Tessot pour la confiance qu’elles m’ont faite en acceptant de publier les Chroniques. Elles ont pris (et Hachette bien sûr avec elles) un gros risque en éditant une trilogie de fantasy rédigée par un français méconnu qui rend ses manuscrits avec un retard systématique !

Allan : As-tu en dehors de la rédaction du troisième volume d’autres projets en cours dont tu accepterais de nous parler ?
Chris : D’autres projets ? Hélas oui : c’est même mon principal problème !
A chaque fois que j’entame une histoire, des dizaines d’autres me viennent réclamant à corps et à cris d’être écrites en même temps… Heureusement pour moi, Caroline veille et me rappelle sans cesse que Khëradön doit être publié en un an !
Plus sérieusement, dès la fin de ce cycle, je vais me consacrer à la rédaction d’un polar très sombre puis d’un ou deux opus de « Speculative-Fiction ». Je refuse de me laisser enfermer dans un genre bien déterminé et j’ai envie d’explorer tous les horizons qui me plaisaient en tant que lecteur. Il y a aussi, bien sûr, ce projet de « Préquelle » avec lequel j’aimerai découvrir l’univers de la bande-dessinée…

Allan : Tu es assez présent sur le net, c’est d’ailleurs par là que j’ai pu te contacter (site internet, Facebook) : est-ce un moyen pour toi de garder contact avec tes lecteurs ou quelqu’un s’occupe-t-il des ’échanges’ ?
Chris : Les rencontres ont toujours été pour moi un élément essentiel de ma vie. Comme je te le disais plus haut, je me nourris des autres, je suis une sorte de « vampire psychique » (titre d’une de mes nouvelles d’ailleurs) qui recherche sans cesse les contacts. Alors, lorsque j’ai découvert les multiples possibilités du net, je me suis lancé à corps perdu : un site (moribond) « bricolé » pour mettre en ligne gratuitement tous les scenarii écrits lors de la période Casus Belli, puis un blog, un autre site (réalisé par un de mes amis) et enfin Facebook (découvert grâce à mes internes !). Depuis, lors de chaque pause d’écriture (vers 22 ou 23 heures), je passe une demi-heure à une heure à échanger avec les lecteurs. Ces moments sont primordiaux pour moi car je suis en prise directe avec ceux qui découvrent mes textes : j’assiste à leurs réactions, je peux voir in vivo quels sont les sentiments qu’ils ont éprouvés, quelles sont leurs frustrations, etc… Et parfois ces échanges modifient le cours de l’histoire elle-même !
En ce qui concerne « l’animation » de ces différents supports, elle n’est assurée que par mes soins à l’exception du blog « skyrock » qui, au début, a été prise en charge par d’autres personnes.

Allan : Que peut-on te souhaiter ?
Chris : De découvrir le moyen de m’affranchir de la limite des 24 heures dans une journée !

Allan : Le mot de la fin sera ?
Chris : Merci.
Mais c’est un peu court, je suppose… J’aurai pu, ma foi, dire bien des choses encore…
Je voudrais juste rendre hommage à tous les lecteurs qui me contactent, qui m’encouragent à travers leurs messages privés ou leurs sites.
Merci donc et à tout tout bientôt !

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