Interview : Guillaume Van Meerbeeck

Réalisée par :mail
Date :juillet 2004
Première publication de l’auteur version papier et déjà un beau succès en perspective. On peut dire sans se tromper que Guillaume fera parler de lui rapidement ; belle opération pour les éditions Sekhmet dont c’est la première parution dans le domaine de la fantasy !

Allan : Avant toute chose, je vais te laisser travailler un peu et parler de toi, de ce que tu as envie de dire sur ton parcours…
Guillaume : Houla… Que dire ? Je suis belge, 28 ans, célibataire. Mon parcours est assez mouvementé : en sortant de mes études de droit, je me suis inscrit au barreau de Bruxelles, où je suis resté un an. Ensuite, j’ai travaillé sur un ambitieux projet de startup dont je vous passerai les détails mais qui m’a coûté pas mal de temps et d’énergie pour un résultat inexistant. En bref, je me suis royalement gamellé ! Ensuite, j’ai été engagé chez un éditeur juridique. Ce n’était vraiment pas très folichon, alors je suis parti au Luxembourg dans une société de dessins animés (Oniria Pictures) en temps que responsable juridique. Ce fût une expérience très enrichissante pour moi, mais j’ai remarqué petit à petit que je n’avais aucune envie de faire ma vie au Luxembourg et surtout, que ce travail ne me correspondait pas, alors j’ai donné mon préavis et je suis allé pointé un peu au chômage, avant de reprendre le métier d’avocat.
Au niveau de l’écriture, le projet de la Prophétie des Anges est apparu lorsque j’avais 21 ans. J’ai donc écrit cette histoire de façon épisodique, lorsque je trouvais le temps. Je n’avais encore jamais écrit auparavant, (à part des citations, des conclusions, et quelques lettres d’amour (rire))
Je suis un garçon fêtard, distrait, désordonné, qui n’a aucun goût vestimentaire d’après ce que j’entends, mais qui aime la vie.

Allan : Je profite de l’occasion qui m’est donnée, puisque tu es le premier auteur belge que nous interviewons – j’espère que nos nombreux visiteurs belges en seront satisfait – que tu nous parle un peu de la façon dont sont perçues les littératures de l’imaginaire du côté belge ?
Guillaume : Le premier belge ? Waouw !!! La grande classe ! (rire) Que dire ? J’ai l’impression qu’en Belgique, c’est aujourd’hui la bande dessinée qui occupe la première place à ce niveau. En fait, je ne suis pas très callé pour répondre à cette question et j’ai peur de raconter des bêtises, alors je ne m’avancerai pas trop… Bien entendu, j’ai beaucoup d’amis qui aiment ce genre de littérature, mais je ne pense pas qu’ils représentent une majorité au sein du plat pays qui est le nôtre, loin de là… J’aurai donc tendance à dire que la sf et la fantasy restent des genres mineurs, comme en France. Cependant, avec les BD, on se trouve devant un foisonnement de série fantasy allant toujours croissant, ce qui montre un attrait évident. La sortie du film « Le Seigneur des Anneaux » joue également un rôle indéniable, et je ne serai pas étonné de constater que les littératures de l’imaginaire deviennent dans un avenir proche un genre très apprécié par notre bonne société de consommation…

Allan : Peux-tu nous citer les œuvres qui sont pour toi à l’origine de ton envie d’écrire de la fantasy ?
Guillaume : Je n’ai lu que quelques livres de fantasy. Et de quel auteur ? Tolkien ! (étonnant non ?), avec le Seigneur des anneaux, Bilbo le Hobbit et Le Silmarillion. Au risque de paraître ridicule, je n’ai rien lu d’autre qui puisse être catalogué « fantasy », ce qui pourrait sembler étrange pour un auteur qui écrit dans le genre. (Je me rattrape un chouia en disant que je suis en train de dévorer le premier tome de « La Moïra » de Loevenbruck) Par contre j’ai adoré le film Willow, ainsi que Conan le Barbare. J’ai aussi lu pas mal de bandes dessinées, qui ont certainement joué un rôle dans mon envie d’écrire dans ce genre. On y retrouve les « Chroniques de la lune noire » les « Légendes des contrées oubliées », les « La quête de l’oiseau du temps », les « Peter pan », les « Thorgal », les « Lanfeust », etc. C’est donc surtout par le biais de la BD que je me suis accroché à la fantasy, et d’ailleurs, j’ai l’impression que ça se ressent d’une manière ou d’une autre dans ma façon d’écrire : style relativement simple, lieux et personnages assez rapidement dépeints, et rythme soutenu.


Allan : Le premier volume de ta trilogie est parue en juin aux éditions Sekhmet : quel effet as-tu ressenti quand on t’a dit que tu serais publié, et quel effet de tenir son livre dans ses mains ?
Guillaume : Un effet plutôt agréable, pour ne pas dire carrément jouissif ! Lorsque j’ai appris que mon livre était retenu chez Sekhmet, j’ai relu la lettre au moins dix fois avant de réaliser.
Bruno Sat, directeur éditorial, me révélait que le comité de lecture, composé de douze membres, avait retenu mon livre à l’unanimité ! Quelle joie ! Mmm… Rien que d’y repenser, j’en frémis encore !
Il a fallut attendre encore longtemps avant d’avoir le livre en main, et ce n’est qu’en mars 2004 à Paris que je l’ai enfin touché pour la première fois, au salon du livre. Ce fût une drôle d’impression, un peu comme lorsqu’on embrasse une fille pour la première fois 😉
Je tiens à dire aussi que pour moi, l’aventure de l’édition est arrivée grâce à un site internet pour lequel j’ai une éternelle reconnaissance : il s’agit du site Anice Fiction ! C’est là que le début de mon roman a trouvé ses premiers lecteurs, c’est là que j’ai reçu mes premières critiques, mes premiers conseils, de manière interactive et virtuelle, c’est là que j’ai fais la connaissance avec pleins d’autres auteurs hyper sympas et pleins de talents, c’est là que je me rend quasi tout les jours pour y
lire des nouvelles, poèmes, chroniques, romans, interviews, sketchs, et j’en passe. Bref, Anice-fiction, c’est un peu mon deuxième chez moi !

Allan : J’ai donc lu ce premier volet avec plaisir, mais j’avoue que je lui retrouve un petit air de Seigneur des Anneaux : il se forme une espèce de communauté avec deux Garmins (qui ressemblent aux Hobbits hormis la taille), un elfe et un nain ; Ils ne savent rien du monde qui les entourent ; et même le mont sur lequel le mal règne « Au sommet du Mont des Cendres, situé au centre du royaume ténébreux, s’élève sa gigantesque forteresse… » . Cette analogie est elle voulue ou ressurgit-elle du fond de ta mémoire…
Guillaume : Il y a, bien entendu, une influence de Tolkien que je me préserve bien de cacher, même si mon histoire garde son entière originalité, d’après moi. Il est vrai que la question s’est posée de savoir si j’allais garder des elfes, par exemple, ou si l’ennemi habitait dans une tour au sommet d’une montagne maléfique, etc. Peut-être que certains clichés apparaissent, mais les clichés ne représentent-ils pas par définitions, des éléments qui sont encrés en nous ? Et dans certain cas, ne pouvons-nous pas parler également de symboles ? Tolkien connaissait la symbolique, il l’avait déjà exploitée de main de maître pour construire ses mondes et ses légendes. Lorsque j’ai lu son œuvre, je savais que je touchais là à une littérature qui me parlait. C’est pourquoi j’ai eu l’envie d’écrire dans ce genre là, qui me paraissait le plus propice pour véhiculer les sentiments et les émotions qui me sont chères. On y retrouve l’éternel combat entre le bien et le mal, la découverte d’un monde, et certainement beaucoup d’autres choses en commun avec Tolkien, mais je reste à penser que La Prophétie des Anges garde son propre parfum et ses propres couleurs…

Allan : Néanmoins, ton œuvre n’a rien avoir avec les écrits de Tolkien, et l’histoire se tient de bout en bout – dans le premier tome du moins – et je voulais que tu me dises comment tu l’as « travaillé » ? Travail quotidien, par à coup… ?
Guillaume : La trilogie a été écrite en sept ans, par à coup. J’ai débuté avec une vague idée d’un monde, Dormäe, que j’avais imaginé une nuit de blocus (j’étais étudiant à ce moment là). Les premières légendes émergeaient doucement… Puis, lorsque je trouvais le temps, j’écrivais. Parfois, il arrivait que je laisse le texte reposer pendant plus de six mois, non convaincu par ma plume et pris par d’autres activités artistiques (la musique, principalement). Puis, le récit s’est formé au gré des périodes plus calmes (vacances, long week-end) ou je me plaisais à m’isoler pour lire et écrire. Pour ce qui est de la cohérence du récit, j’avoue ne pas avoir eu beaucoup de méthodes : je ne note presque jamais rien pour m’y retrouver. En réalité, l’histoire était en permanence dans ma pauvre tête, cherchant à se développer lorsqu’elle le pouvait, au risque de me laisser rêveur durant le boulot et de me causer quelques soucis…
Je travaille donc par gros blocs, d’un jet, et je reviens très rarement sur une phrase. J’aurais souhaité soigner mon style un peu plus, mais je n’y suis pas parvenu, emporté par le récit, peut-être ? Ou y aurait-il une once de fainéantise derrière ce mystère ? Probable aussi 😉 Je travaille toujours avec de la musique et je porte souvent un casque, de manière à m’enfermer dans une bulle d’harmonie dans laquelle je me sens bien.

Allan : On sent quand même très légèrement une retenue, comme si tu voulais brider tes personnages, penses-tu arriver à les tenir ?
Guillaume : Le début du récit met en scène un certain nombre de personnages qui auront chacun des épreuves à surmonter et un chemin particulier à suivre… Bien sûr, j’ai été tenté à plusieurs reprises de montrer aux lecteurs le vrai visage de certain d’entre eux, mais la cohérence du récit me l’empêchait, car ils devaient d’abord passer par telle ou telle expérience avant de comprendre la réalité du rôle qu’ils étaient prédestinés à jouer.
En écrivant cette histoire, j’ai moi-même appris à connaître mes personnages peu à peu, à sentir la subtilité qui émanaient de chacun d’eux, et je pense que l’évolution de leur personnalité se développe en même temps que l’intrigue.
Le premier tome a plutôt pour but de découvrir le côté « apparent » d’une réalité. D’où son titre « une terre nouvelle ». Il est donc question de l’histoire, de la géographie, des légendes, et des personnages principaux. C’est le début, la base. A ce titre, les personnages ne révèlent donc pas encore aux lecteurs tout leur potentiel, mais dans le tome à suivre « Un nouveau ciel », il y aura une nette évolution…

Allan : Les hommes, pour une fois dans les œuvres de fantasy, ne sont pas les bons : pourquoi ce choix ?
Guillaume : La fantasy a ce pouvoir extraordinaire de sublimer des valeurs, des vertus, des émotions et de faire apparaître une sorte de pureté qu’on ne retrouve plus dans les autres genres littéraires. Ce qui est vrai dans un sens peut aussi l’être dans l’autre, et lorsqu’on décide d’incarner le mal dans un récit de ce type, on utilisera forcément une image forte, de manière à ce qu’elle soit retenue inconsciemment par le lecteur. Il me fallait donc un symbole, un archétype, (qui est Mammön) mais je n’avais pas envie non plus que le mal soit trop lointain, inaccessible, c’est pourquoi j’ai choisi de faire jouer un rôle particulier aux hommes, celui de servir le mal, plutôt que de l’incarner. C’est une façon aussi de pointer un doigt vers nos propres faiblesses car, d’une façon ou d’une autre, nous sommes en permanence soumis à des choix dans la vie, et le constat actuel de notre monde nous prouve que nous ne sommes pas toujours éclairés… J’avais donc envie de confronter le lecteur à lui-même.

Allan : Les jumeaux elfes risquent d’avoir un rôle important à jouer dans la suite et pourtant, l’un des deux a quitté le droit chemin, comment vas tu faire pour faire un Happy End ? Va-t-on finir par avoir un duel fratricide ?
Guillaume : Ah ah ! Voilà une question que je me suis posée à de nombreuses reprises pendant l’écriture du récit. Jawïn et Filah suivent, en effet, des routes qui se séparent. J’ai utilisé des jumeaux pour mieux faire ressentir au lecteur cette relation ambiguë qui existe entre le bien et le mal et pour démontrer d’une manière imaginaire qu’il suffit parfois de peu de choses pour en arriver, petit à petit, à des extrêmes…bien entendu, je ne révélerai pas la fin, pour ne rien gâcher du suspens, mais je peux déjà dire que leur chemin finiront par se croiser à nouveau. De là à savoir si ils se sépareront encore par la suite, ou si l’un d’eux (ou les deux) mourront ou survivront, c’est une autre question à laquelle je préfère ne pas répondre ici et maintenant.

Allan : Tout au long de ton récit, nous suivons une discussion entre un maître et son élève ; si on perçoit assez vite qui est l’élève, nous n’arrivons pour autant pas à savoir qui est le professeur… Cela aura-t-il une importance par la suite ?
Guillaume : Bien sûr. Le professeur en question apparaîtra dans le deuxième tome. Celui-ci jouera un rôle essentiel dans le récit. Encore une fois, ce serait dommage de révéler à l’avance qui il est, mais le lecteur l’apprendra, promis juré ! On remarque dans le premier tome que les discussions entre le maître et le héros donnent un aspect ésotérique au roman. Cet aspect va s’amplifier de plus en plus, et le mystérieux maître deviendra donc une sorte de pierre angulaire pour la logique de cette trilogie…

Allan : Sans gâcher le suspens, peux-tu nous en dire un peu plus sur le devenir des héros ?
Guillaume : Ils feront la rencontre de Ferdrill, le magicien que Beldrix recherchait désespérément. Celui-ci va leur révéler bon nombre de détails qu’ils ignoraient et va les aider dans leur quête. Les enjeux vont apparaître sous un nouvel angle. Ils feront aussi la rencontre des firfurs, étrange et mystérieux peuple qui se révélera de plus en plus important pour le destin de la planète. Le héros va se retrouver dans des situations très délicates, et il devra apprendre à maîtriser son monde intérieur. Il y a donc une quête spirituelle qui sera menée en même temps que l’aventure. On verra aussi apparaître d’autres personnages. Les forces en jeux vont peu à peu se mettre en route… Bien entendu, Garon, Filah et Beldrix auront également leur rôle à jouer…

Allan : Pour quand est prévu le deuxième volume ?
Guillaume : Il n’y a pas encore de date précise, mais l’éditeur espère pouvoir le sortir pour la fin d’année.

Allan : Quels sont tes autres projets ?
Guillaume : Il y a un projet musical et un projet de jeu de société en rapport avec la Prophétie des Anges. J’ai, en effet, envie de réunir à la fois l’écrit (qui représente la pensée), la musique (qui représente le côté émotionnel, le sentiment) et le jeu (qui représente l’action). Si j’y parviens, alors je serais vraiment heureux !!! Cela pourrait paraître assez prétentieux de ma part, mais j’attache beaucoup d’importance à ces projets annexes, et j’y travaille régulièrement lorsque je trouve le temps. Pour la musique, l’idée est d’utiliser les compositions des chants à quatre voix de Peter Deunov, à qui j’ai dédié le premier tome, et qui se retrouvent partiellement dans la trilogie, en langue bulgare. J’ai également l’intention d’y insérer des compositions personnelles et instrumentales. Pour le jeu, je travaille avec un ami, Pierre-Yves Ronsse, et nous sommes actuellement à la phase de test, la plus difficile et la plus astreignante. J’espère qu’on y arrivera !
Ensuite, j’ai deux autres projets littéraire : un essai et un gros roman de SF. Mais il faut que je trouve le temps de m’y consacrer un peu…

Allan : Qu’as tu pensé de Fantastinet ?
Guillaume : Une bonne information, rapide, complète, et qui regroupe à la fois la fantasy, la sf, le fantastique et la jeunesse. Bref, le pied ! J’ai aussi apprécié les interviews. J’ai lu notamment celles de P.Bordage et de H.Loevenbruck et j’ai vraiment aimé. C’est toujours intéressant de savoir un peu ce que l’auteur a derrière la tête… Franchement, je suis épaté par le courage, l’enthousiasme et le sérieux de fantastinet, et je lui souhaite longue vie et plein de lecteurs !

Allan : Le mot de la fin sera ?
Guillaume : Merci. Et si je peux encore en ajouter quelques uns, je dirais que je suis toujours disponible via mon site www.guigui.be!

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