Interview : Johan Heliot

Réalisée par :mail
Date :juin 2004
A l’occasion de la sortie de La Lune n’est pas pour nous , nous vous proposons de découvrir Johan Heliot au travers de ces quelques questions 🙂

La lune seule le saitAllan : A quand remonte votre première rencontre avec la SF et est ce qu’à cette époque vous aviez déjà envie de vous lancer dans l’écriture.? Quels sont les textes qui vous ont marqués ?
Johan : Vers 11 ou 12 ans, à mon entrée en collège. La liste de lectures conseillées par ma prof de français incluait quelques titres de « La Grande Anthologie de la SF », de Gérard Klein. Le choc ! La révélation ! Je me suis enquillé les 36 volumes étrangers et les deux ou trois français existant alors dans les années qui ont suivi – je n’ai même lu que ça, et Maurice Leblanc et Gaston Leroux. Voilà pour ma formation littéraire post-adolescente : le mal était fait, le pli était pris. J’avais déjà décidé que je voulais moi aussi écrire des histoires aussi formidables… J’ai mis quinze ans avant que l’une d’elles (pas aussi formidable que ça !) soit publiée… Je ne me souviens pas de titres précis de nouvelles, plutôt d’ambiances, d’images. Au niveau des romans de SF, mes premiers chocs ont été « Les Voies d’Anubis » de Tim Powers, « Horizon Vertical » de Jeter, « Le cycle de Tshaï » de Vance.

Allan : Vous avez créé un fanzine avec des amis… Qu’est-il ressorti de cette expérience ? et quels avantages en tiriez-vous ?
Johan : J’ai appris un certain sens critique par rapport aux textes que je recevais, et une certaine rigueur vis-à-vis de mes propres textes : je ne pouvais pas reproduire ce que je reprochais aux auteurs qui m’envoyaient leurs travaux ! J’ai aussi appris que les éditeurs font un boulot de dingue et que les auteurs sont finalement du bon côté du métier !

Allan : Votre première nouvelle publiée date de 1999 : est-ce que cela a été un véritable parcours du combattant ou cela est-il venu tout seul ? Quel effet cela fait-il de voir son nom publié ?
Johan : Attention, première nouvelle signée Johan Heliot et achetée par un éditeur… J’avais déjà publié sous mon nom véritable, toujours de la SF, dans des fanzines et revues. Bon, c’était le résultat de près de quinze ans de tentatives infructueuses d’écriture, alors je me souviendrai toujours de l’effet produit par la signature de ce premier contrat, la réception de ce premier chèque, et finalement de mes exemplaires d’auteurs avec mon nom en couverture… J’ai su à ce moment-là qu’il me fallait à nouveau ma dose, et vite !

La Lune n’est pas pour nousAllan : Votre premier roman, La Lune seule le sait, revisite l’histoire : quel en est l’origine (recherche…) ? Comment résumeriez vous son histoire et son message ?
Johan : Revisite, c’est vite dit et un peu ambitieux… S’amuse avec l’histoire, plutôt. Ce roman part d’une image : en feuilletant un bouquin sur la Tour Eiffel, je tombe sur une gravure de la Tour au-dessus de laquelle passe une espèce de ballon dirigeable monoplace (si si). Et si, à la place, il s’agissait d’un vaisseau extra-terrestre ? Et alors, pourquoi des ET débarqueraient-ils à l’Exposition Universelle de 1889 ? Et à quoi ressembleraient la France si Napoléon III était toujours au pouvoir à ce moment-là ? Et ainsi de suite… De fil en aiguille, j’ai construit un univers délirant, et voilà, j’avais un bouquin. L’intrigue tient en quelques mots : Napoléon III a fait construire un bagne sur la Lune, pour y déporter les anciens Communards. La résistance à l’Empire envoie Jules Verne, son agent secret, sur la Lune pour retrouver Louise Michel, qui anime la résistance depuis le bagne, et fomenter une révolution sélénite,avec l’aide des Ishkiss, mes extra-terrestres vivant sur la face cachée de la Lune. Voilà. Et, contrairement à ce qu’on pourrait croire, il n’y aucun message ! Juste une histoire.

Allan : le début de La Lune seule le sait est la victoire de la France sur la Prusse en 1870 ; pourquoi avoir voulu changer le cours de l’histoire ? Et pourquoi situer l’action à cette époque ?
Johan : C’était plus marrant de situer l’intrigue dans une France décalée. Et je trouve l’époque des révolutions industrielles fascinante, car c’est là que plongent les racines de notre propre époque, que germent les maux dont souffre toujours notre société. Je crois que c’est Legoff qui avance la thèse suivante : le Moyen-Age prend vraiment fin avec la première révolution industrielle dans nos sociétés, il y a là la véritable cassure entre l’ancien et le nouveau monde,si on veut. Je suis assez OK avec ça.

Allan : avec La Lune n’est pas pour nous,, on effectue un bond dans le temps (nous voici en 1930) ; cette suite était très attendue alors la première question est : pourquoi avoir attendu si longtemps ? Le choix de cette nouvelle période pour l’action était-elle décidé depuis longtemps ?
Johan : Longtemps ? Trois ans, pas plus. Au début, je n’avais pas l’intention de faire une suite. Je ne voulais pas que ça soit un deuxième volume suivant immédiatement l’intrigue du premier. Je préfère explorer les différentes facettes de l’univers créé, en variant les époques, et m’essayer à différents styles en correspondance avec l’esprit de la période visitée : roman-feuilleton rocambolesque pour la fin XIX°, roman noir pour les années 1930…

Les Ombres de Peter PanAllan : 50 ans plus tard, le nazisme est en place : vous avez donc fait le choix de reproduire, et malgré les avancées scientifiques, une des époques les plus sombres de notre histoire : cela vous semble-t-il donc inéluctable ?
Johan : Nettement, oui. Sous cette forme ou n’importe quelle autre. On ne retient jamais aucune leçon de l’histoire. On continue d’accepter, indifférents, des génocides ou des massacres de population, un peu partout. Je ne vois pas pourquoi le XX° siècle aurait échappé à ses guerres mondiales. Le pacifisme international, que j’appelle de tous mes vŒux, est hélas une chimère, il l’a toujours été et le sera toujours – à moins que, dans l’Europe qui s’assemble, pas après pas, qui sait ?

Allan : la rancŒur vis-à-vis des habitants de la Lune est injustifiée mais entrainera néanmoins d’importantes tensions entre les deux peuples notamment du fait d’une jalousie exarcerbée par le pouvoir : à quoi pensez vous que l’on doive cet aspect tellement humain de toujours trouver l’herbe plus verte ailleurs ?
Johan : Il suffit de frôler la conscience des gens : personne ne se pense d’abord comme simple terrien, point barre. Il y a toujours, à quelque niveau que ce soit, une frontière à la con qui exclut l’Autre – frontière géographique, mais aussi morale. Alors, en cas de crise (et on n’est pas près de ne plus en connaître !), on va évidemment chercher le bouc-émissaire de l’autre côté de cette frontière. Je sais, dit comme ça, c’est simpliste, mais prouvez-moi que ça fonctionne différemment ?

Allan : un point de détail m’a marqué : vous dites Hitler végétarien… Est-ce une vérité historique ou trouviez vous que cela ajoutait encore à la personnalité étrange de l’homme ?
Johan : Pour autant que je sache et que mes sources soient dignes de foi, oui, Hitler n’était pas carnivore… Ne buvait même pas d’alcool. Comme quoi, la tempérance… De manière générale, la plupart des hauts dignitaires nazis étaient de vrais cinglés ; je force à peine le trait quand je décris les exubérances d’un Goering, toxico et mégalo.

Allan : Vous avez décidé de garder vos penseurs du premier volume à savoir Hugo et Verne notamment ; vous n’arriviez pas à vous en séparer ?
Johan : Heu, non, ils n’apparaissent pas dans « La Lune n’est pas pour nous ». Simplement, un personnage les cite à un moment, c’est tout.

Allan : Avez-vous d’autres publications à venir ou d’autres projets en cours pour cette année ?
Johan : Hé oui : j’attaque une nouvelle aventure de ma fée libertaire et de mon champion macho, qu’on a pu découvrir dans Faerie Hackers. Cette fois, ce sera à mi-chemin entre la fantasy urbaine et le pur thriller, et toujours chez Mnemos. Sinon, des projets en littérature jeunesse : chez Magnard, collection Tipik, un mini roman (Opération Nemo) sort ces jours-ci, quelques nouvelles dans la collection Z’Azimut chez Fleurus, et, plus tard, un roman prévu chez Mango Jeunesse. Quelques autres romans sur le feu, dans des genres divers, pour la suite, des collaborations avec mon ami Xavier Mauméjean, etc.

Allan : Êtes vous passé jeter un Œil sur Fantastinet et si tel est le cas, qu’en avez vous pensé ?
Johan : J’avoue, non. Je ne surfe guère sur le ouèbe, d’abord parce que mon modem est tout petit !, ensuite parce que ça gonfle mes factures telecom, enfin parce que je n’ai pas le temps !

Allan : Voulez vous ajouter quelque chose ?
Johan : Promis, j’irai faire un tour sur votre site, si si ! Merci à vous…

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