Interview : Jérémie Cassiopée

Réalisée par :Mail
Date :novembre 2007
Allan : Bonjour Jérémie, avant de commencer, je te laisse te présenter à nos visiteurs qui sont toujours avides d’en apprendre plus sur leurs auteurs…
Jérémie : Je suis né entre la période de Youri Gagarine et celle de Neil Armstrong dans le sud-ouest de la France. Je vis depuis quelques années en Angleterre où je me consacre à ce que je sais faire de mieux (ce qui ne veut pas dire que je le fais bien !) : l’écriture de récits dans les registres de l’imaginaire.

Allan : Quels sont les auteurs qui t’ont marqués ?
Jérémie : Il y en a beaucoup. C’est difficile de faire un choix !
Tout a commencé avec les Pionniers de l’Espérance de Lécureux et Poïvet que je dévorais dès que le journal de Pif arrivait au courrier. A l’époque, j’aimais aussi beaucoup (et j’aime toujours) la musicalité de tous ces contes de tradition orale repris notamment par Perrault, Grimm ou Andersen.
Mon premier vrai choc a eu lieu avec le Je suis une légende de Richard Matheson. Le texte était servi dans une édition de luxe, avec des illustrations en noir et blanc inoubliables. Après cela, les auteurs se sont succédé. Les plus marquants s’inscrivent plutôt dans le fantastique : Jack Finney, Henry James, Graham Masterton, Ray Bradbury, Theodore Sturgeon, Edgar Allan Poe, H. P. Lovecraft pour ne citer qu’eux. J’aime aussi beaucoup des auteurs comme T.M. Wright ou Jonathan Aycliffe pour leur écriture poétique.
Nombre d’auteurs SF (les premiers noms qui me viennent : Robert Heinlein, Gérard Klein, Frederic Brown, René Barjavel, John Varley, H.G.Wells, Arthur C. Clarke…) me font aussi passer de bons moments. Comme beaucoup, certaines thématiques me font plus spécialement rêver : les voyages dans le temps, les mondes parallèles ou divergents, les invasions extraterrestres…
En général (même si, je le reconnais, je dévore comme n’importe qui J.K. Rowling) je suis plutôt sensible aux textes dont l’étrangeté s’inscrit dans le quotidien, et j’ai souvent un peu de mal avec les grandes fresques futuristes du type Fondation d’Isaac Asimov ou l’austérité de la Hard-Science. Dans la famille Herbert, je demande James plutôt que Franck, et chez les Stephen, je choisis King plutôt que Baxter…

Allan : Ton parcours jusqu’à la publication de Ce que cachaient les Ténèbres a-t-il été difficile ?
Jérémie : Le manuscrit a tourné un an, avec des réactions de comités de lecture souvent très encourageantes. Mais bien sûr, il y avait le problème de la ligne éditoriale. Le texte a été hébergé sur Anice-Fiction quelque temps, puis deux maisons d’édition ont fini par dire oui. J’ai choisi Zinedi.

Allan : Veux-tu bien nous parler de Ce que cachaient les Ténèbres ?
Jérémie : L’histoire se déroule sur Mars colonisée, dans un futur pas trop lointain. Une explosion a eu lieu sur une unité d’exploitation, et une brigade de sauveteurs est dépêchée à la rescousse. La tempête faisant rage, les sauveteurs sont condamnés à attendre sur place. Un par un, ils disparaissent. Que se passe-t-il exactement ?
L’histoire est narrée du point de vue de Solange Fortitude, la femme officier responsable de la brigade, ou plus exactement, du point de vue de son ombre. Tout au long des trois cents pages, le lecteur partage donc ses interrogations sur la nature réelle des événements.
S’il emprunte l’imagerie traditionnelle de la SF, Ce que cachaient les ténèbres se veut avant tout un récit de Fantastique d’angoisse.

Allan : L’action prend racine sur Mars et pourtant je n’ai pas compris la raison réelle de ce déroulement hors Terre : y en a-t-il une qui m’a échappé ?
Jérémie : La créature est (peut-être) issue des entrailles de Mars. Sa génitrice peut présenter un visage avenant ou, au contraire, se révéler hideuse et dangereuse. Cette dualité représente, selon moi, l’essence de toute entreprise d’exploration, un mélange d’émerveillement et de terreur. Quand Solange affronte le personnage de Camille, elle affronte, avec ses doutes et ses angoisses, la personnification de cette dualité.
J’aurais pu parler de la même chose avec un récit ayant lieu sur notre bonne vieille Terre en effet, par exemple sur une base scientifique en Antarctique, mais cela aurait eut un sacré goût de déjà-vu (je pense notamment à La Bête d’un autre monde de John Campbell et à ses pendants cinématographiques, notamment le film de Carpenter The Thing).
Je cherchais donc un lieu à la fois séduisant et hostile et Mars – qui devrait accueillir ses premiers explorateurs humains dans les prochaines décennies paraît-il – s’est trouvée être une bonne candidate.
Bien sûr, ce sont là les explications de l’auteur. Le lecteur, lui, texte en main, pourra avoir un autre ressenti, et c’est toujours lui qui a le dernier mot !

Allan : Tu as montré dans Ce que cachaient les Ténèbres que Fantastique et Science-Fiction pouvaient faire bon ménage : cette rupture de genre est-elle naturelle ou vient-elle d’une réelle volonté de ta part ?
Jérémie : En écrivant ce roman, j’ai assumé dès le départ le choix du Fantastique. Cela dit, comme je l’ai dit plus haut, j’apprécie aussi la SF, au moins dans certains de ses courants. Cela me plaisait d’essayer cette cohabitation qui me permettait de placer un certain nombre « d’icônes » du genre véhiculés notamment par nos films favoris… (Bon, je ne fais pas la liste hein.)
Pour répondre à ta question, cette rupture de genre est donc très circonstancielle, liée à un projet précis. Cela dit, il y aura également une telle rupture (c’est comme cela que je le vois en tout cas) dans mon prochain roman. Dans dix ans, peut-être, je réaliserai que cette tendance était naturelle !

Allan : Tu n’approfondis pas vraiment les origines du “Mal” : est-ce prévu pour une éventuelle suite ou resteras tu dans le One-Shot ?
Jérémie : Ce qui m’intéressait dans Ce que cachaient les ténèbres, c’était de présenter un parcours individuel, un voyage dans la psychologie d’un personnage. Je souhaitais aussi mettre en scène, et si possible faire vivre par le lecteur, l’expression d’une capacité que j’estime exclusivement humaine, celle du libre arbitre. Tout le reste, l’environnement SF bien sûr, mais aussi d’une certaine façon l’intrigue fantastique elle-même ne sont là que pour servir ce projet.
Dans cette perspective, il n’était pas nécessaire (au contraire même) que toutes les portes soient ouvertes. Je laisse donc à l’imagination fertile du lecteur le soin de trancher quant à la nature ou l’origine de ce que tu nommes si justement le « Mal ».
A moins d’opter pour une échappatoire (boiteuse) à la Alien résurrection, il n’y aura donc pas de suite. Tout a été dit j’en ai peur dans les trois cent vingt pages…
Cela dit, si ma boîte mail se trouvait submergée par des hordes innombrables de fans enthousiastes mais frustrés (et ça, c’est de la science-fiction…), je me laisserais peut-être fléchir…

Allan : Quels sont tes projets de parution ?
Jérémie : Le prochain roman sera une histoire d’aventures présentant, une fois encore, un mélange des genres, utilisant l’argument d’une thématique forte de la SF dans un contexte d’anticipation.
Il ne s’agira donc pas, contrairement à Ce que cachaient les ténèbres, d’une histoire de fantastique d’angoisse, l’essentiel étant pour moi de trouver le support narratif le mieux adapté au thème que je veux mettre en scène.

Allan : Que peut-on te souhaiter ?
Jérémie : Ce second roman devrait être assez sympa, pour peu que je me donne les moyens de mes ambitions (ce qui est le plus difficile). Souhaite-moi donc d’arriver à mes fins et surtout, de l’achever dans des délais raisonnables : j’adore écrire mais qu’est-ce que c’est douloureux !

Allan : Le mot de la fin sera :
Jérémie : Ah non ! Pas déjà !
Si ? Bon alors :
Merci beaucoup à Fantastinet pour cette interview, et aux lecteurs de l’avoir lue ! Je souhaite à tous les meilleures découvertes littéraires, en particulier dans les genres qui nous sont communs et que nous adorons…

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