Interview de Stéphane Desa

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20160307_164220Fleuve Editions revient dans les domaines de l’imaginaire avec la collection “Outre Fleuve” sous la direction de Stéphane Desa. L’occasion pour Fantastinet de lui poser quelques questions sur ce à quoi nous devons nous attendre 😉

Bonjour Stéphane, tu arrives chez Fleuve éditions pour prendre une nouvelle collection « Outre Fleuve » : doit-on y voir une volonté de Fleuve éditions de réinvestir plus fortement les littératures imaginaires ?

Tout a fait. J’ai repris la collection dédiée aux littératures de l’imaginaire chez Fleuve éditions il y a un peu plus d’un an aujourd’hui, afin de préparer le lancement d’une nouvelle collection plus identifiée que nous avons nommée “Outre Fleuve” et que nous avons donc lancé en mars de cette année. Le Fleuve est un acteur historique des littératures de genres et de l’imaginaire, c’est quelque chose qui est inscrit dans son ADN, si j’ose dire, depuis sa création. En prenant la direction de la maison, Valérie Miguel-Kraak, notre directrice éditoriale, a voulu redynamiser cette dimension de l’identité de Fleuve éditions, et c’est donc ma mission. Notre volonté est de redonner à travers cette collection son rôle d’innovateur au Fleuve, en SF, en fantasy, mais aussi au-delà.
Quelle est la raison de ce retour ?

La première raison de ce retour est, comme je l’ai dit précédemment, une envie de notre directrice éditoriale, qui a repris les rênes du Fleuve en septembre 2014, de réinvestir le domaine de l’imaginaire dont le Fleuve, à travers sa longue histoire, a écrit quelques unes des plus belles pages. Nous en avons discuté et, face à mon enthousiasme, elle m’a proposé de rejoindre l’aventure début 2015.
Avec la collection « Outre Fleuve », notre volonté n’est pas seulement de réinvestir les genres de la SF et de la fantasy, mais aussi, et surtout, de découvrir des chemins de traverse, d’explorer de nouvelles voies. Notre ligne éditoriale est éclectique et protéiforme, dans les genres canoniques de la SF et de la Fantasy, nous recherchons de nouvelles voix originales qui bousculent les habitudes et font exploser les cadres. Et nous ouvrons aussi le catalogue au post-apo, au fantastique, au thriller paranormal, voire aux romans horrifiques.
Nous sommes poussés par le désir d’explorer les multiples facettes des mondes de l’imaginaire. Après tout, s’il y a bien un domaine dans lequel il n’existe aucune limite, c’est celui-ci !
Lorsque l’on regarde les premières parutions, nous trouvons « Yesterday’s Gone », un succès de l’auto-édition (400 000 exemplaires vendus sur le web) : Seras-tu à l’écoute des phénomènes littéraires qui sortent des circuits habituels ?

Précisément oui ! C’est même mon mot d’ordre. Je veux faire d’Outre Fleuve une sorte de laboratoire expérimental, une collection qui soit à l’image de ces auteurs : novatrice, inventive, curieuse, étonnante. L’auto-édition est un secteur en plein essor, et un véritable vivier de création ou chacun s’approprie et réinvente l’édition. C’est le cas bien sûr pour de jeunes auteurs qui veulent “se lancer”, mais aussi pour des auteurs confirmés. Nous en avons deux beaux exemples dans notre programme 2016 avec Yesterday’s Gone de Sean Platt et David Wright, et Alice au Pays des Morts-Vivants de Mainak Dhar.

Le premier est un projet totalement iconoclaste. Sean Platt et David Wright, les co-auteurs, font parti du collectif Inkwell, un groupe d’auteurs américains rassemblés par une même passion pour la pop et la geek culture et qui ont tous grandi en regardant les mêmes séries TV. Ne trouvant pas dans l’offre éditoriale les livres qu’ils avaient envie de lire, ils ont tout simplement décidé de les écrire. C’est ainsi qu’est né le collectif. Et Yesterday’s Gone, une série paru initialement par épisodes, de façon hebdomadaire. 6 saisons de 6 épisodes, un récit pensé donc entièrement comme une série TV, dans son écriture, ses codes, comme dans sa réalisation. On suit différents personnages, de chapitre en chapitre, dans un monde post-apocalyptique où, en un instant, la quasi-totalité de la population a disparu mystérieusement. Et de monstrueuses créatures guettent et chassent les derniers survivants, dont les trajectoires sont appelées à se croiser, se réunir, voire s’opposer, tous liés par d’étranges connections…
En France, nous publions chez 12/21, au format numérique, un épisode par mois, et, chez Outre Fleuve, la série paraît par tome de 2 épisodes, là encore à rythme soutenu puisque la totalité de la saison 1 et les 4 premiers épisodes de la saison 2 paraîtront dès cette année.

Alice au Pays des Morts-Vivants est une trilogie qui mêle post-apo, zombies et dystopie de manière très originale. Mainak Dhar est un auteur qui a d’abord connu le succès en Inde, dans son pays d’origine, avant de se lancer dans l’auto-édition, à l’assaut de l’international. Et avec succès puisqu’il se place depuis systématiquement dans le top des ventes des romans horrifiques en ligne – il a même détrôné pour quelques temps Stephen King himself !
Nous trouvons des auteurs comme Christophe Nicolas ou Michel Robert : quelle sera la part des auteurs français dans le catalogue Outre Monde ?

Je souhaite étendre et élargir le domaine français, c’est même là une de mes priorités. Christophe est d’ailleurs le premier auteur que j’ai signé en reprenant la collection – j’ai eu un vrai coup de cœur pour Le Camp, le lisant d’une traite, et cessant rapidement d’être un éditeur à la recherche de nouveautés pour devenir un lecteur avide de connaître la suite.
Jusqu’alors, Michel Robert, le fer de lance de nos auteurs de fantasy, était un peu esseulé, il faut le dire, comme représentant de l’imaginaire français chez nous. Après Christophe, d’autres vont le rejoindre. Aliette de Bodard par exemple, dès 2017, avec The House of Shattered Wings, qui a récemment reçu le BSFA award, et qui, bien qu’elle écrive en anglais, est française.
Et puis nous espérons découvrir au moins une formidable nouvelle voix française grâce au concours d’écriture que nous organisons sous la présidence bienveillante de Michel Robert. Plus d’infos ici 😉 : http://www.fleuve-editions.fr/livres-romans/evenements/outre-fleuve/

13 titres sont prévus cette année dans cette collection soit environ 2 par mois : quel sera le rythme cible ?

Le lancement de la collection au mois de mars à, pour cette année, un peu resserré notre programme de parution. Mais nous serons en effet sur une douzaine de titres par an, pas plus. Ce sera notre rythme de croisière, qui nous permettra d’aborder de nombreux univers tout en prenant le temps de découvrir chacun d’entre eux. Nous avons à cœur de conserver une production restreinte afin de défendre chaque titre comme il le mérite, à la hauteur des espoirs que nous plaçons en chacun d’eux.

En tant que directeur de collection : quels sont tes objectifs pour cette nouvelle collection ?

Je crois que tous les objectifs se résument à un seul : me faire plaisir, et le partager avec le plus grand nombre possible de lecteurs et amateurs de littératures de l’imaginaire. Je n’ai pas d’autres ambitions.
Bien sûr, lancer « Outre Fleuve » chez Fleuve éditions n’est pas anodin. L’histoire de la maison la richesse de son catalogue et le rôle de pionnier qu’elle a joué dans le passé dans les romans de genre constitue un beau défi pour ce renouveau. Il me faut m’appuyer sur le passé pour écrire l’avenir. Mais cet héritage n’a rien d’un poids, au contraire, il s’agit plutôt d’une motivation supplémentaire qui me pousse à me montrer à la hauteur.
Bien sûr, nos objectifs sont ambitieux, il ne peut pas en être autrement. Mais dans un premier temps, mon but est que d’ici quelques mois, les lecteurs aient identifier « Outre Fleuve » et gardent un œil attentif et curieux sur nos parutions en se disant : “Tiens il se passe quelque chose d’intéressant par là, il faut que je suive ça de près… ».
Et si nos livres plaisent, alors banco !

Tous les titres seront disponibles en version e-book : y-aura-t-il une différence de prix significatif entre les 2 modes d’édition ?

12/21, l’éditeur numérique “maison”, auquel nous sommes liés et avec lequel nous travaillons donc en collaboration étroite (et pas seulement sur le lancement un peu particulier de Yesterday’s Gone qui s’est donc vu publié d’abord par épisodes au format numérique avant sa sortie papier), publie en effet la totalité de nos titres à un prix bien entendu inférieur à l’édition brochée. C’est là la politique maison : proposer chaque titre aux deux formats, numérique et papier, ce premier à un prix inférieur. Que vous soyez technophile ou bibliophile, lecteur de SF, ou passionné de fantasy moyenâgeuse, vous trouverez votre bonheur chez nous !

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