Interview : Herv

Réalisée par :mail
Date :juin 2007
Christophe : Si je ne me trompe pas il s’agit de ton premier entretien sur Fantastinet, peux tu te présenter à nos lecteurs?
Hervé : Je suis né en 1972 en région parisienne. Je suis marié, j’ai deux enfants. L’affaire Elfe est ma toute première “parodie” d’affaire à la sauce Fantasy.

Christophe : A la lecture de l’affaire elfe, on a l’impression que tu es un habitué du médiéval fantastique tant les clichés sont maitrisés et bien sûr parodiés. As tu écrit des romans de ce genre un peu plus “classique”?
Hervé : En fait, j’ai surtout énormément lu. Je suis de ceux qui pense qu’avant de pouvoir écrire, il faut dominer son sujet. Ca passe évidemment par une lecture diverse et variée. Ne pas copier, ne pas forcément s’inspirer mais pouvoir à l’instant précis où l’on se penche sur la feuille blanche, savoir, connaître.
Habitué du médiéval, sûrement parce que passionné.
D’abord la base de la fantasy, c’est mon avis et je pense le partager avec bon nombre de lecteurs, c’est Dumas. La Fantasy pour ma part c’est Dumas,la magie en plus. Mon Viking est armé d’une rapière juste parce qu’un jour, un petit môme (moa) s’est coltiné en première lecture les Trois Mousquetaires. Pas par hommage, juste pour intégrer, sans doute dans le prochain Brakmâr le Viking, une scène digne des meilleurs moments de cape et d’épée.
J’avoue également avoir fait un long tour du côté jeu vidéo. A l’époque des Atari ST, Amiga 500 et compagnie. Il y avait de ces réussites totales avec cet univers Héroïc Fantasy parfaitement retranscrit, mine de rien ça aide.
Pour ce qui des romans plus “classique”, je vous lâche un scoop, je termine un pavé de 2OOO pages qui verra le jour en 2008. Je le peaufine. Je n’en dis pas plus sur le sujet… pour le moment.

Christophe : “L’affaire elfe” fait bien sûr référence au fantastique mais également à des thèmes plus actuels comme les catastrophes “naturelles”, par exemple. Ton but est-il de nous faire réfléchir sur notre monde par le rire?
Hervé : Exactement ! Non seulement sur les catastrophes “naturelles” mais de plus sur les catastrophes “humaines”. Rire du pire, du terrible, du terrifiant, c’est et ce sera le seul moyen de survivre au monde que nous prépare demain. Moi, quand je me plonge dans le dernier San-Antonio ou un Pratchett, je déconnecte, je n’oublie pas mais au moins je “gare” les tracas du quotidien. Lorsque je tombe sur un os, je le ronge dans un coin de mon esprit. Le prochain opus fera le jour sur un problème de notre société : “l’autarcie volontaire” qui consiste pour mieux vivre à oublier volontairement l’autre et si possible ne pas en entendre parler. Ignorer est encore le pire surtout l’ignorance volontaire. On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui. J’ai décidé de rire avec mes lecteurs, de faire rire le lecteur mais de garder deux lectures possibles. Les plus grandes comédies ont souvent pour toile de fond un drame terrible. Le film qui a fait le plus rire les français se déroulait en pleine occupation nazi, excusez du peu. Alors oui, on va rire, j’espère beaucoup, j’espère nombreux même si finalement le fond, est dramatique.

Christophe : Les héros sont également assez insolites. Pourquoi avoir choisi un viking gaffeur et un dragon cracheur d’eau comme héros?
Hervé : Le Viking parce que découvreur, explorateur. Les Vikings sont l’aventure avec un grand “A”. Peut-être un tout petit clin d’oeil à la Normandie aussi…
Le dragon cracheur d’eau, lui, c’est pour le contre-emploi.
Il crache de l’eau celui là, il ne doit pas être bien méchant pourrait-on se dire. Et en effet, ce dragon là est même un peu trouillard. Il a de l’éducation. Il parle de façon soutenue. Lance-Lô, c’est le côté naïf, respectueux de tout, fin gourmet. Brakmâr le Viking lui, est plus téméraire, plus fonceur.
J’avais besoin d’un personnage comme Lance-Lô pour “lisser” un peu les angles du héros principal. Je le voulais parlant à la Achille Talon, j’aime à le faire évoluer au fil des mots.
Finalement, je me rends compte en répondant à votre question (véridique !) que j’ai fait schéma inverse de San-Antonio avec Bérurier mais aussi l’inverse de la Fantasy. Le dragon est sacré, puissant, respectable en Héroïc Fantasy. Il ne faut pas s’y frotter. Avec Lance Lô, c’est tout le contraire.
Un troisième personnage vient se greffer à notre duo dans “l’Affaire Elfe” et je le reprends avec bonheur dans le second volet des aventures de Brakmâr le Viking.
Quant au pourquoi du comment Brakmâr est un viking en pleine Héroïc Fantasy ? On apprendra beaucoup sur lui mais avec parcimonie, son intimité (son enfance) sera dévoilé dans les prochains opus.

Christophe : Ainsi d’après ce que je viens de comprendre, on n’a pas fini d’entendre parler de Brakmâr. Quand doit sortir la suite de ses aventures?
Hervé : Mon éditeur et moi-même avons décidé de sortir une nouvelle aventure de Brakmâr le Viking tous les 4 mois. Le prochain est donc programmé pour le mois de septembre.

Christophe : Je vois qu’entre l’écriture des aventures de Brakmâr et l’écriture d’une saga, tu es assez occupé. Comment organises tu ton travail entre ces 2 projets?
Hervé : J’écris de 23h à 3h, comme ça j’ai l’impression de travailler deux jours ! Non plus sérieusement, j’écris en effet la nuit parce que plus productif. Pas de téléphone, peu de message, les enfants qui dorment, ma femme aussi !! C’est un bon créneau horaire.
Ensuite levé 7H, enfants à l’école et après la journée est à moi.
Chaque matin relecture, correction éventuelle, souvent une page ou deux de plus en écriture.
L’important est d’écrire chaque jour. Pas besoin d’un minimum de signe du genre : aujourd’hui je tape tant parce qu’hier je n’ai pas produit assez, ce serait ridicule. Comme il serait ridicule de se presser sur la fin d’un manuscrit. L’important c’est un rythme qui n’est pas loin d’être biologique.
Vers 23h donc, ma machine m’aimante, elle est mon pôle d’attractivité. J’ai cette chance de ne pas aimer dormir (perte de temps, surtout si l’on ne se rappelle pas ses rêves) et surtout de ne pas avoir grand besoin physiquement de dormir. Mon corps a du s’habituer, alors j’en profite.
J’ai deux enfants et une fois l’école terminée, ça occupe bien aussi et c’est un vrai bonheur. L’important c’est aussi une activité manuelle, tous les après-midi. Refaire, redonner vie à quelque chose. Retaper, bricoler. L’intelligence de la main est tout aussi importante que celle de l’esprit. Redonner vie à une vieille baraque, peu importe le temps que l’on y consacre, c’est passionnant. Les vieilles pierres renferment toujours en elles une partie des âmes qu’elles ont croisé.
J’aime assez cette vie là, oui.

Christophe : Revenons sur le sujet de “l’affaire elfe”. Comment t’es venu l’idée d’inclure une intrigue pétrolière dans un monde médiéval, 2 sujets à priori incompatible?
Hervé : A priori, oui. Mais à priori seulement. Finalement avec un peu d’imagination… Ces fameux dragons. Moi je me suis toujours demandé comment ils faisaient pour cracher des flammes. En absorbant au préalable cette substance visqueuse qu’est la pétra oléum, notre fameux pétrole ! Et pour voler sur de si longues distances ? Même chose : pétrole ! Et pour s’éclairer, dans ces immenses châteaux lugubres ? Les torches c’est pas plus mal lorsqu’elles ont été trempées au préalable dans une solution de pétrole, non ? Ben si je me suis dit. Et puis les affaires de gros sous, de détournement, d’intérêts ? Sûr que ça date depuis que la monnaie existe, c’est évident. Suffit de s’intéresser à l’histoire de France. Des complots, des affaires, des prises d’intérêt. La cupidité de l’homme est née avec lui, alors l’Héroïc Fantasy… De plus l’Héroïc Fantasy plus que tout autre sujet imaginaire est la parfaite illustration de la conquête du pouvoir. La lutte entre les castes, éternelle lutte. Le pétrole dans cette affaire, en définitive, c’est la goutte d’eau…

Christophe : Alors que la plupart des parodies plagient Pratchett. J’ai plus eu l’impression de lire un roman de gare au niveau du style et de l’ambiance, partages tu ce sentiment?
Hervé : Bonne impression. Le roman de gare, c’est l’esprit populaire à l’état pur. Pratchett à son style et ce style anglo-saxon très particulier est trop copié ou imité, souvent maladroitement. Les aventures de Brakmâr le Viking, je les veux plus proche de nous, de notre façon de penser, de rire. Encore une fois l’appellation roman de gare n’a rien de péjoratif. Une ambiance conviviale qui me fera dire je l’espère vivement, un jour : “je n’écris pas pour des lecteurs mais pour des potes”. Ce qui est sûr, c’est qu’avec ce type de roman, on s’évade de son train train quotidien et inutile de crier gare ! Ce bouquin ne vous veut que du bien !

Christophe : Je vois que ta gamme de lecture est large. Quels sont les écrivains qui t’ont le plus marqué?
Hervé : Beaucoup d’écrivains m’ont marqué.
Pour l’humoristique, je vote 100% San-Antonio père et fils (et je ne dis pas ça seulement parce que San-Antonio fils est un copain) et je refile aussi pas mal de pourcentage à Prachett. L’esprit d’invention de ces auteurs là est tout de même phénoménal.
Gamin j’ai adoré les Bob Morane pour le côté aventure et surtout Dumas et ses mousquetaires sans oublier Jules Vernes bien sûr.
Pour la Fantasy j’aime Gemmell et sa façon de décrire la prise d’assaut d’une forteresse.
Je ne suis pas très thriller et pourtant j’aime beaucoup Maxime Chattam, je lui fais d’ailleurs un petit clin d’Œil dans le prochain Brakmâr le Viking.
Je pense aussi aux auteurs de bande-dessinée. J’ai bouffé et je mange encore pas mal de B.D entre deux romans.

Christophe : Je penses qu’on commence à te connaître. As tu un dernier mot à donner à nos lecteurs avant de clore cet entretien?
Hervé : Merci de m’avoir donné un peu de votre temps pour cette interview. Merci à tous les lecteurs de donner de leur temps pour partager notre imaginaire. Longue vie à Fantastinet !

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