Interview : Yannick Monget

Réalisée par :mail
Date :juin 2006
J’ai eu entre les mains Gaia, paru aux Editions France Europe ; cette revanche de la nature sur l’homme est mené de façon magistrale… Il était indispensable de découvrir l’homme derrière le crayon (ou le clavier)…

Allan : Bonjour Yannick, je voudrais tout d’abord vous remercier d’avoir accepter de répondre à quelques unes de nos questions concernant Gaia paru aux Editions France Europe
Etant donné que c’est notre première web-rencontre et que cela risque d’être aussi le cas pour nos lecteurs, pourrais-tu te plier au rituel exercice de présentation en y ajoutant tes influences et tes goûts littéraires ?
Yannick : En fait, en visitant le site Fantastinet, j’ai constaté avoir déjà été interviewé par l’un de tes collègues, christophe pour ” Rencontre ” qui me posais la même question . En fait, rien n’a changé depuis son interview donc à moins de recopier la même chose… je ne sais pas vraiment quoi ajouter.

Allan : La première chose que l’on ressent à la lecture de Gaia est que tu dois être un écologiste convaincu… Est-ce le cas ?
Yannick : Si par là tu entends ” personne militant pour la protection et le respect de la nature ” oui, je le suis. Si entends par là un ” vert ” (en référence au parti politique), non, je n’en suis pas.

Allan : Comment présenterais-tu ce roman à nos lecteurs ?
Yannick : Je dirais qu’il s’agit avant tout d’un thriller qui se déroule dans un futur proche. Un phénomène anormal affecte la nature dans sa globalité, partout sur la planète, tant au niveau de la faune que de la flore, un phénomène sans aucune logique apparente qui inquiète rapidement les autorités nationales et internationales quand les communications avec certaines parties du globe se trouvent rompues. Il s’agit donc d’une aventure engagée bien entendu pour la protection de l’environnement, qui soulève d’ailleurs un certain nombre de problèmes, mais sans être pour autant moralisateur puisque l’accent a avant tout été mis sur le suspens et l’action.

Allan : Les personnages centraux de “l’aventure” sont assez “clichés” tout au moins au début du récit : une écologiste à la limite du terrorisme opposé à un industriel pollueur sans aucun scrupule… La mise en place de personnages totalement opposés est-elle nécessaire pour intéresser le lecteur ?
Yannick : C’est un peu comme une recette de cuisine, il s’agit d’un ingrédient, indispensable mais à lui seul, il ne fera pas le plat. Le côté ” humain ” me semble donc effectivement primordial. Les personnages ne doivent pas être obligatoirement ” totalement ” opposés mais cultiver des différences, des différences d’appréciation, des idées différentes, des comportements différents. L’homme est un être moralement complexe, et les rapports entre les hommes le sont plus encore, je pense effectivement qu’une bonne histoire reflète cette complexité dans les descriptions et les échanges de ses protagonistes.

Allan : Pourtant, le point fort de ton roman est justement et peut-être paradoxalement à ma question précédente, le soin apporté à la psychologie des personnages qui évolue dans un nouvel environnement et spécialement notre écologiste et notre industriel : crois-tu vraiment l’homme encore capable de surmonte, même pour un temps, un changement aussi important ?
Yannick : Les personnages semblent effectivement de prime abord des clichés, mais c’est un peu ce que l’on pense à première vue de ce genre de personnes dans la réalité. Beaucoup pensent sûrement la même chose de Bill Gates ou de José Bové. Pourtant, à y regarder de plus près vous observerez qu’ils sont bien différents de l’image que reflètent les médias. On se rend compte ainsi rapidement qu’aucun de ces personnages n’est tout blanc ou tout noir, et l’aventure nous pousse à découvrir ce qu’ils sont vraiment au fond.
Pour ce qui est de surmonter les problèmes écologiques actuels : soyons francs, la catastrophe est déjà à nos portes, des millions de personnes en ont déjà été les victimes et des centaines de millions d’autres le seront dans les années à venir. Néanmoins, je veux croire que l’on peut encore limiter la casse et nous en sortir. Je pense que nous avons en nous cette capacité de changer les choses et de survivre à cette catastrophe planétaire.
Si je pensais le contraire, je cesserais de me battre comme je le fais pour sensibiliser les gens à ce problème et pour trouver et développer des solutions alternatives.

Allan : Ce que je retiens aussi de ce roman est la quantité d’informations scientifiques distillé tout au long du récit, qui rend le récit plus crédible encore… Ces données sont-elles des pures inventions de ton imagination ou bien sont-elles basées sur des réalités contemporaines ou des recherches en cours ?
Yannick : Oui, c’est déjà de cette façon que j’avais travaillé avec ” Rencontre “. Toutes les informations scientifiques sont evidemment exactes, sinon, il n’y aurait aucun intérêt à écrire ces histoires pour moi. Ma formation scientifique y est sûrement pour quelque chose. La situation de crise environnementale, les chiffres donnés sont tous réels. Il est vrai qu’ils sont tellement affolants par moments que l’on a peine à croire que cela se passe en ce moment. Peu de gens pensent réellement que l’humanité est menacée d’extinction, et que la nature souffre autant des activités anthropiques, pourtant, c’est la réalité.

Allan : Comme je l’indiquais dans la critique, et sans bien sûr expliquer le dénouement, je trouve que tu aurais pu supprimer les dernières pages… Pourquoi avoir voulu cette fin et ne pas aller jusqu’au bout de ta démarche ? Un sursaut d’optimisme ?
Yannick : Je ne suis pas d’accord et je vais te dire pourquoi : il est vrai aujourd’hui que l’écologie est de plus en plus présente dans les publicités, les émissions TV, les magazines, et je m’en félicite. Néanmoins, encore une fois, il y a beaucoup de personnes qui ne sont pas au courant de la gravité de la situation environnementale.
Ta culture, tes connaissances, t’ont permis de prendre conscience des ces problèmes. Le fait même de travailler sur ce forum t’amène à lire beaucoup, et je suis donc persuadé que tu n’es pas étranger à ces problèmes environnementaux car tu as forcément dû lire des articles ou des livres dénonçant ces problèmes. Mais ce n’est pas le cas d’un grand nombre de personnes. C’est à eux que sont adressées les dernières pages. Je suis convaincu que la ” métaphore ” ne t’a pas échappé, un peu comme le roman de Pierre Boule (la Planète des singes, où l’auteur voulait dénoncer la condition animale.) et que du coup tu as trouvé inutile les dernières pages car le fait que l’ouvrage soit une critique de notre comportement te paraissait évident. Malheureusement, ce ne sera pas le cas de tout le monde, il était donc primordial de préciser cela à la fin pour que ces personnes comprennent bien ce qui est en jeu.
De plus, je ne voulais absolument pas faire une histoire moralisatrice, en noyant l’aventure de commentaires sur la situation environnementale réelle. L’idée la plus simple, et je pense que tu en conviendras était donc de séparer les deux : écrire le roman, puis de mettre à la fin, dans deux derniers chapitres intitulés ” environnement ” et ” les faits ” des données réelles sur la situation.
En résumé, il est normal que les dernières pages semblent inutiles aux personnees déjà convaincues de la crise. Mais ce ne sera pas le cas des autres.

Quant au sursaut d’optimisme il est bien là, tu ne peux pas dire le contraire : sans décrire le dernier chapitre, on se rend compte du changement de comportement du protagoniste envers la nature, mais j’ai pris soin de ne pas non plus faire une fin à la Disney, ce changement de comportement est donc relatif. On peut être capitaliste, et respecter l’environnement, même faire de l’argent avec car rappelons-le, on a tout a gagné à sauvegarder la nature.

Allan : N’es-tu pas un peu déçu de voir par exemple une faute dès la couverture ?
Yannick : Pour ce qui est de la coquille en couverture, le directeur m’a présenté lui-même ses excuses (bien que ce ne soit pas de sa faute mais de celle de l’infographiste qui n’avait pourtant qu’à assembler le texte que j’avais écrit et l’image que j’avais faite) et cela sera corrigé dans les prochaines éditions. Je préfère en rire qu’en pleurer, disons-nous que ces exemplaires deviendront peut-être des collectors un jour.

Allan : Tu es d’ailleurs comparé en quatrième à Bernard Werber ou encore Michael Crichton, je sais que ce sont des auteurs que tu apprécies ; trouves-tu flatteur cette comparaison et qu’est-ce qui t’attire vers leurs Œuvres.
Yannick : Cela dépend pour qui. Etre comparé à Werber et Crichton est flatteur si l’on se réfère au style d’écriture, au suspens, ces choses là. Mais il est vrai que j’espère que la comparaison s’arrête là avec Crichton qui m’a scandalisé avec ses idées dans son dernier livre (Etat de peur).

Allan : Je tenais à préciser que je ne trouve pas pour ma part que Gaia soit comparable aux Œuvres de Michael Crichton qui utilise plutôt à mon sens le “retour de flamme” direct pour base de départ de ses romans… Il s’agit généralement d’un effet non désiré d’une expérience humaine alors que tu rends la nature directement actrice de sa vengeance. C’est le côté écolo encore une fois qui ressort ?
Yannick : Encore une fois, je ne suis pas d’accord. La nature se révolte a cause de la menace que font peser les activités humaines sur elle. C’est donc bien un ” retour de flammes ” comme tu dis. Il n’y a pas de vengeance à mon sens dans l’ouvrage, seulement un instinct de survie. C’est ça ou l’extinction. Il n’y a donc pas le choix.

Allan : Je note d’ailleurs que tu as écrit une petite diatribe contre cet auteur sur ton site.. Peux-tu nous en dire plus ?
Yannick : Crichton est convaincu que les scientifiques du monde entier se sont concertés pour inventer de toutes pièces le réchauffement climatique. C’est absolument lamentable. Ce qu’il fait n’est ni plus ni moins que de l’obscurantisme. On retrouve le même genre de manipulation chez les créationnistes par exemple : il a été tout d’abord se renseigner chez des scientifiques (climatologues, biologistes, paléontologues etc) puis a pris toutes les informations qui vont dans son sens en occultant le reste. Il a ainsi entièrement déformé les propos de la communauté scientifique internationale. Un certain nombre de chercheurs ont ainsi intenté des actions en justice à son égard. Et j’ai pu en entendre parler publiquement de leur dégoût d’avoir reçu Crichton lors de rendez-vous pour répondre à ses questions, l’aider pour son ouvrage et avoir vu leurs propos ainsi déformés.
Le pire dans tout cela, c’est que le gouvernement américain, ne trouvant aucun scientifique pour accréditer leur thèse (selon quoi le réchauffement climatique ne serait que pur fantasme) ont auditionné Crichton au sénat !
Ce pays qui compte le plus grand nombre de scientifiques au monde n’a donc trouvé d’autre solution que d’auditionner un auteur de science fiction pour défendre leur position. Lamentable.

Allan : Peux-tu nous parler de tes autres écrits ?
Yannick : En fait, ” Rencontre ” dont vous parlez dans votre site continue de se vendre et j’en suis heureux, j’en profite pour remercier tous mes lecteurs. J’en ai eu de très bonnes retombées, cela m’a vraiment fait plaisir.
Actuellement je viens de terminer un nouvel ouvrage intitulé ” Demain, la Terre… ” il s’agit d’un livre d’images bourré d’effets spéciaux qui va présenter la planète d’ici quelques années dans différents scenari d’avenir, inspiré directement des travaux du GIEC (le groupe détude international sur le réchauffement climatique mandaté par l’ONU pour étudier la crise environnementale). Le livre, préfacé par le Président de l’Institut Européen d’Ecologie, Jean-Marie Pelt, avec qui j’entretiens une grande amitié et qui m’ apporté son soutien depuis plusieurs années maintenant, sera édité chez la Martinière fin Aout (pour la France). Je pense qu’il faudra attendre début 2007 pour les autres pays.

Allan : Quels sont tes projets ?
Yannick : Plusieurs ouvrages sont actuellement en cours, ainsi que des projets d’exposition nationaux et internationaux, sans oublier des projets d’actions ambitieux pour développer de nouvelles technologies d’avenir avec l’Ankaa Group dont je suis le Délégué Général.

Allan : Nous as-tu rendu visite et si oui que penses tu de Fantastinet ?
Yannick : J’ai parcouru votre site que je trouve très interessant. Il est vrai, malheureusement, que le genre de la science fiction est sous-estimé par une partie du monde de l’édition, ce que je regrette. Une sorte de snobisme fait que c’est un peu considéré comme un sous genre, principalement en France (ce n’est pas le cas aux USA par exemple) et donc je suis heureux de voir des sites tels que le vôtre mettre en avant la SF et le fantasy. Rappelons pourtant que Jules Vernes était finalement aussi un auteur de science fiction pour son époque, et que ses livres sont loin d’être des sous-oeuvres. Donc, continuez de défendre ce genre.

Laisser un commentaire