La nuit du faune de Romain Lucazeau

La nuit du faune pourrait laisser penser par son quatrième de couverture que l’histoire est celle de la rencontre de deux mondes, d’un monde ancien d’un côté, modélisée par Astrée et un monde plus jeune avec Ptolemas…

La recherche d’une forme de spiritualité

Tout commence par la longue route que fera Ptolemas, un faune, pour rejoindre la montagne où se trouve Astrée, une jeune fille à l’âge indéterminé. Ou plutôt, nous arrivons au moment où le Faune a atteint son objectif, après moults péripéties dont nous ne saurons pas grand chose.

Arrivée tout en haut, les deux se toisent, Astrée, dans son corps de fillette tente de faire comprendre à Ptolemas, en quête du savoir qui lui permettra d’avoir le pouvoir sur son peuple que son choix n’est pas le bon.

Quand elle aperçut le faune, la fillette lisait. Bien assise sur son siège préféré, un vieux tronc couché, patiné par les ans, lustré et verdi par la mousse opiniâtre, elle ne l’avait pas vu s’approcher, puis s’installer à côté.

Comment a-t-il eu connaissance de l’existence de ce lieu étrange ? On suspecte une forme de spiritualité, de légendes enracinées dans la naissance même du peuple faune. Et une volonté forte de Ptolemas de revenir en héros auprès des siens.

Mais la découverte de l’environnement d’Astrée, où le confort semble être de mise, grâce notamment à la présence de nombreux assistants robotisés met à mal la vision du Faune.
Astrée est ancienne, la survivante d’une espèce (la notre ?) qui finit par s’ennuyer dans son quotidien. Elle va donc proposer à Ptolemas d’apprendre, de savoir… Au risque de le changer à tout jamais.

De la permanence – ou non – des civilisations

C’est une des thématiques qui est annoncée dans le quatrième de couverture, “Un conte vertigineux sur l’impermanence des civilisations“. Et nous constatons rapidement que le sujet de ce conte est bien celui-là, dès les premiers échanges d’Astrée avec Ptolemas. En effet, la jeune fille pointe du doigt l’état de sa propre civilisation (elle en est la dernière représentante) mais laisse entendre aussi que la civilisation Faune aura un destin similaire. C’est d’ailleurs à ce titre qu’elle tente de décourager son invité dans un premier temps à en apprendre plus.

Mais, finalement, ils décideront de se lancer dans la visite d’un univers où différentes civilisations – qu’elles soient carbonées ou non – finissent d’une certaine façon par avoir un destin similaire.

Cette balade va nous rappeler certains de nos cours de science, et au détour d’un voyage, d’une rencontre, nous découvrirons les neutrinos, les bosons ou autre trou noir. Mais que cela ne vous rebute pas, l’approche qu’en fait Romain reste dans la vulgarisation.. Nous ne nous sentons pas trop déconnecté de la trame narrative par l’apparition de ces termes scientifiques poussés.

Et ce voyage nous permettra donc de rencontrer autant des civilisations biologiques que mécaniques, l’auteur nous permettant de découvrir d’autres modes de vie, d’autres modes de pensées qui vont nous étonner page après page.

Un livre exigeant

La difficulté principale de ce roman restera la concentration qu’il nous demande. Loin d’être une lecture-distraction, il faudra se sentir concerné par l’histoire et tous n’adhérerons pas à la forme ou au fond. Sous le dessous du conte, c’est bien une réflexion poussée sur les civilisations, avec un mélange de science et de philosophie qui pourra rebuter les amateurs d’une lecture loisir.

La Nuit du Faune est un livre exigeant, il nécessite concentration et engagement en tant que lecteur. Mais le voyage vaut le coup, alors asseyez vous et laissez vous guider.

Un petit mot sur la couverture d(Anouck Faure qui est un indice de ce que va contenir le récit : si nous voyons bien la fameuse montagne et l’habitation de la jeune-âgée Astrée… Mais les couleurs donnent un sentiment d’oppression qui correspond aussi à ce que nous ressentons à la lecture du livre, un livre que j’ai trouvé sombre et peu optimiste sur notre possible devenir.

Albin Michel Imaginaire (Août 2021) – 250 pages – 17,90 € – 9782226461582
Couverture : Anouck Faure

Au sommet d’une montagne vit une petite fille nommée Astrée, ayant pour seule compagnie de vieilles machines silencieuses. Un après-midi, elle est dérangée par l’apparition inopinée d’un faune, en quête de gloire et de savoir. Mais sous son apparence d’enfant, Astrée est en réalité une très ancienne créature, dernière représentante d’un peuple disparu, aux pouvoirs considérables.
Le faune veut appréhender le destin qui attend sa race primitive. Astrée, pour sa part, est consumée d’un mortel ennui, face à un cosmos que sa science a privé de toute profondeur et de toute poésie.
À la nuit tombée, tous deux entreprennent un voyage intersidéral, du Système solaire jusqu’au trou noir central de la Voie Lactée, et plus loin encore, à la rencontre de civilisations et de formes de vies inimaginables.

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