Les ballons dirigeables rêvent-ils de poupées gonflables ? de Karim Berrouka

Il faut bien avouer que cette crise sanitaire aura eu un impact : celui de décaler la parution du prochain roman de Karim Berrouka à savoir Le jour où l’humanité a niqué la fantasy… Alors, attendant de pouvoir se gausser à nouveau comme cela fut le cas, entre autre, dans Le Club des punks contre l’apocalypse zombie, la réédition de Les ballons dirigeables rêvent-ils de poupées gonflables ? semblait tomber à pic pour nous faire patienter.

Une réédition enrichie

Ce recueil de nouvelles reprend les nouvelles qui avaient été initialement publiées chez ActuSF, auxquelles sont ajoutées 2 nouvelles publiées uniquement de façon numérique (Théâtres de Cendres et Enfance de poussières) allongeant le recueil initial de 10 nouvelles qui vous permettront de découvrir de nouvelles facettes de l’auteur.

Des nouvelles sans rapport entre elles

On pourrait penser au vu du titre que Karim voulait rendre un hommage à Philip K. Dick et à son œuvre mais finalement, on doit bien admettre que la lien entre toutes les nouvelles de ce recueil est comme le lien entre des ballons dirigeables et des poupées gonflables… Inexistant.

Ne vous attendez donc pas à naviguer dans un univers particulier ou ne perdez pas de temps à essayer de comprendre pourquoi la nouvelle a été intégrée au recueil, vous perdriez votre temps.

Et pourtant, que j’ai apprécié ce recueil ! Cette variété dans les thèmes m’a entraîné et les différences de tons m’ont laissé penser que plusieurs écrivain.e.s avaient participé à l’ensemble… ce qui finalement correspond d’une certaine façon au côté barré que revendique l’auteur.

La première nouvelle, L’histoire commence à Falloujah va nous mettre tout de suite dans l’ambiance en nous faisant comprendre que non, Karim n’a pas toujours l’âme à plaisanter. Cette nouvelle nous plonge dans la guerre irakienne et dans les légendes locales. Le texte est dur, la guerre n’est pas tendre et Amelle ne va devoir sa survie qu’à la rencontre d’un étrange homme.

Ce sérieux dans la première nouvelle va ressortir dans d’autres et notamment dans Le siècle des Lumières, siècle durant lequel une guerre semble inéluctable entre les hommes et les fées, exploitées pour éclairer les rues de Paris. On pourra même dénoter de la mélancolie dans certaines nouvelles et notamment dans Le cirque des ombres,

Un peu d’humour quand même !

Pourtant n’allez pas penser non plus que vous ne retrouverez pas l’aspect humoristique que nous apprécions chez l’auteur. Des nouvelles nous montre que ce côté décalé est toujours présent, que ce soit dans cet étrange rassemblement de musicos dans Concerto pour une résurrection ou encore, de façon encore plus marquée dans cette remise en cause d’un mythe routier inoxydable qu’est la Dame Blanche dans Eclairage sur un mythe urbain : la Dame Blanche dans toute sa confondante réalité/ ou encore dans la revue en même temps d’un conte et des styles littéraires dans Jack et l’homme au chapeau où nous découvrirons un Jack qui n’a pas été des plus moteurs pour profiter du Haricot Magique.

Quelques nouvelles se démarquent de ce recueil et je pense notamment à cette enquête rondement menée pour percer le mystère proposé par les maîtres nains dans De l’Art de l’investigation dans lequel nous apprenons les ficelles pour appâter le client et réussir à se sortir des situations les plus complexes.

Deux nouvelles m’ont particulièrement marquée sans qu’il ne me soit vraiment aisé d’en expliquer la raison. Naufrage dans laquelle la pauvre Madame Patterson semble la victime d’une malédiction qui entraîne la mort des marins qui l’accompagnent tout en la maintenant en vie. Dans cette nouvelle, nous verrons la façon dont réagissent les villageois et la trajectoire probable de sa vie… La deuxième est L’Enfant Rouge : un enfant naît rouge (comme vous auriez pu le deviner) et va devenir le centre d’intérêt de temps de personnes qu’il faudra tout l’amour de sa mère et la volonté de l’ami de cette dernière pour le protéger. Une nouvelle qui montrera la rage autant du côté scientifique que politique ou religieux.

Un recueil de nouvelles donc que je vous recommande fortement. Le côté fourre-tout pourra vous sembler étrange, d’autant que l’interview de son auteur à la fin pourra vous surprendre sur certaines réponses, pour ma part, j’ai trouvé agréable de sauter d’univers, de genre et de style d’une nouvelle à l’autre.

Helios (Novembre 2020) – 390 pages – 8,90 € – 9782376863212
Couverture : Diégo Tripodi

Il y a des nains furieux qu’on leur ait dérobé leur or, Jack qui n’est pas très pressé de monter à son haricot, Cloclo qui se réincarne dans le métro et des jeunes filles habillées de blanc qui hantent les routes la nuit…
Mais il y aussi des enquêtes glauques et angoissantes, l’enfer des combats à Falloujah et des ombres qui, chaque soir, dansent pour leur public.

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