L’épidémie de Clifford D. Simak

Les éditions du Passager Clandestin, dans leur collection dyschroniques nous proposent une nouvelle de Cliffort D. Simak, une nouvelle fois dans la thématique du moment, à savoir l’épidémie… Nous vous avions parlé il y a quelques jours de 37° centigrades de Lino Aldani.

Ici, l’auteur de Demain les chiens (entre autres), nous met en présence d’un médecin généraliste qui reçoit la visite d’un auteur à succès. Ce dernier travaille à son prochain roman et s’intéresse à ce qui pourrait être une épidémie mondiale et généralisée.

Pour vérifier sa thèse, il souhaite s’appuyer sur différents médecins de campagne qui ont cet avantage d’être proche d’une population qui ne va pas forcément se rendre chez un spécialiste au moindre petit souci… D’autant que les symptômes mis en avant ne sont pas des sujets douloureux : nous parlons ici de fatigue, de baisse de moral, et autres petits tracas qui ne nous empêchent pas forcément de vivre non plus.

Notre brave docteur garde donc ce sujet dans un coin de sa tête sans y prêter plus d’attention qu’une surveillance lointaine jusqu’à ce qu’il trouve un certain écho à ces constats.

Cette nouvelle de Clifford D. Simak date de 1976, période à laquelle le DDT aux Etats-Unis était grandement utilisé et il n’est donc pas surprenant que cette dimension soit reprise comme source de cette situation. La nouvelle présente l’avantage de mettre en avant tous ces médecins de campagne qui sont souvent les seuls contacts des populations rurales (ou pauvres) avec le monde médical. Des médecins engagés qui sont aussi ceux qui peuvent ou pourraient identifier les signaux faibles.

L’implication de ce médecin et sa recherche de cause pourrait être un élément salvateur mais comme vous le découvrirez par vous-même, le dénouement ne sera bien sûr pas aussi simple. Si la cause de cette difficulté n’est pas clairement montré, j’imagine que vous n’aurez aucun doute en lisant et en rapprochant la situation de notre monde réel.

Toujours est-il que cette nouvelle, qui se situe plus finalement sur le terrain de l’enquête que sur le terrain de la Science-Fiction.. même si bien sûr, vous y trouverez cette dimension. Si le sujet de l’épidémie / pandémie peut vous sembler anxiogène en cette période, il n’est finalement pas à mon sens le cœur de l’histoire, les conséquences de cette fameuse épidémie étant bien loin de celles que nous vivons.

Un texte ancien donc mais qui alertait lui-même déjà sur les pesticides et les potentiels impacts sur notre santé, un texte qui est donc toujours cruellement d’actualité.

Le Passager Clandestin (novembre 2020) – Dyschroniques – 112 pages – 8 € – 9782369352488
Traducteur : Lorris Murail (Etats-Unis)
Titre original : Unsilent Spring (1976)

« Ici ton ami le médecin de famille, je m’apprête à te poser une question stupide. Tu seras gentille de ne pas te moquer de moi car c’est peut-être important.
— Tu sais très bien que je ne me moquerai pas de toi. Vas-y, je t’écoute.
— Très bien. Quand on trouvait encore du DDT, quand sa vente n’était pas encore interdite, est-ce que tu en mettais dans ton jardin ?
— Bien sûr que j’en mettais, répondit Helen. Je pense que la plupart des gens qui ont un jardin le faisaient. J’ai utilisé ça pendant des années et des années, et je t’avouerai que ça me manque. »

Sensation de fatigue, irritabilité, dépression, douleurs musculaires… Et si tous ces symptômes en apparence bénins étaient liés ? Un médecin de campagne tente de découvrir ce qui a plongé tou·tes ses patient·es dans un état de manque.

À l’heure où l’utilisation des pesticides ne cesse d’augmenter malgré les résultats accablants des études sur les maladies (respiratoires, troubles neurologiques, cancers..) auxquelles sont exposé·es les agriculteur·ices et les consommateur·ices, il est passionnant de (re)lire cette nouvelle de Simak, véritable cri d’alerte.

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