Retrouvez l’actualité des littératures de l’imaginaire (Science-Fiction, Fantastique, Fantasy, et autre) ainsi que des interviews de celles et ceux qui les construisent.

Sauvage de Joan Mickelson

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Lorsque j’ai vu le titre Sauvage de l’autrice américaine Joan Mickelson, je suis resté à regarder l’objet en lui-même, car sa présentation détonne par rapport à ce que nous avons l’habitude de voir. N’y allons pas par quatre chemins, Sauvage, publié au Rayon Imaginaire chez Hachette, regroupe deux courts romans, une qui se décline au féminin et une au masculin ou bien l’inverse, à vous de voir. L’éditeur a fait le choix de représenter ces deux histoires en mode tête bêche ce qui, pour le coup, vous rend totalement responsable de votre choix de lecture Lui d’abord et Elle ensuite ou Elle d’abord et Lui ensuite. La couverture est d’ailleurs bien imaginé puisque couvrant les deux faces…

Les gens réclament de la vitesse en prennent jamais le temps. Les gens souhaitent de la nouveauté, ignorent la valeur de l’ennui. Les gens exigent de l’information, mais rien ne les intéresse vraiment. On les notifie heure par heure de ce qui “se passe” : c’est à qui sera le premier à savoir. Pour quoi faire ?

Rien ne vous indique une prévalence de l’un sur l’autre et, à la lecture, il s’avère qu’aucune histoire ne mérite plus que l’autre d’avoir la primauté. Pourtant, au vu des différents échanges avec d’autres lecteurs et lectrices, j’ai le sentiment (peut-être biaisé) que le “Lui” a été plus fréquemment le premier lu… Ce qui a été aussi mon cas, ce qui va me permettre de commencer cette chronique avec le “Elle”… Juste pour le plaisir.

Elle

Elle n’a pas de nom, ou elle en a plusieurs, c’est à vous de voir. La nommer l’enferme déjà, alors qu’elle n’aspire qu’à la liberté. Qui est-elle ? On ne le sait pas trop même si on découvre assez rapidement qu’elle est la fille d’un chef renard, en guerre perpétuelle avec les loups. Mais c’était il y a terriblement longtemps et la réalité a bien évolué depuis, les ennemis ont bien changé, et elle reste, elle demeure, elle est entière et ne cherche qu’à survivre dans un monde qui semble vouloir les rejeter, elle et les siens.

Elle a vu la guerre, elle a vu les troupes, elle a vu les hommes avancer et gagner. Elle a vu la fuite et depuis, elle erre, ne semblant pas trouver sa place dans ce monde…

Lui

Christof est un chef d’entreprise proche de la retraite, un chef d’entreprise qui a créé des jouets, des jouets de guerre, des petits soldats qui ont eu un succès certain.

… Tetris. Existe-t-il une image plus appropriée de l’existence que ces briques qui s’emboitent, que ces édifices que l’on élève et qui recèlent toujours un défaut, tandis que le temps s’écoule de plus en plus vite ? On croit bâtir et, à la fin, tout s’effondre.

Il est bien implanté dans cette société, et il garde même régulièrement ses neveux et nièces d’adoption, leur mère ayant une vie professionnelle trop riche pour pouvoir être autant disponible qu’elle le voudrait. Il a ce petit quelque chose qui le rend différent des autres, ce pouvoir qui lui permet de soulager certaines blessures, cette proximité qu’il a avec les gens, même s’il reste pour beaucoup légèrement inquiétant.

Et puis, il y a cette créature du rode dans les bois, cette créature qui l’inquiète, lui mais aussi ses proches et ses amis. Il ressent comme un étrange appel…

Elle et Lui… Lui et Elle

Ils sont donc deux à porter en eux un manque, un manque qui date de nombreuses années car nous les rencontrons plutôt à un moment où ils ont eu un riche vécu. Tout les oppose, lui le citadin, bien intégré dans une société qu’il accepte et qui lui a permis de se construire un environnement douillet, en ayant enterré sa part animale… Elle, loin de la ville, ne réussissant pas à surmonter son histoire pour permettre de vivre sa vie, loin de ses souvenirs, et dont l’humanité semble bien lointaine.

Ils sont étranges tous les deux et cette histoire, ce conte nous parle de la différence, nous parle de notre histoire personnelle et se révèle être une belle histoire d’amour dans le même temps.

Je ne sais pas si un ordre de lecture est préférable à l’autre, mais j’ai réellement apprécié cette vision double, ces deux opposés destinés à se rencontrer. A noter aussi que l’autrice est aussi la traductrice, son parcours personnel lui permettant de connaître le français.

Pour la petite anecdote, la tranche du roman et la forme de l’arbre aurait conduit naturellement à commencer par “Elle”… Comme quoi…

Hachette (Octobre 2023) – Le Rayon Imaginaire – 352 pages – 23 € – 9782017231127
Traduction : Joan Mickelson

Elle est renarde, peut-être humaine tout à la fois ; il est humain, peut-être renard, autrefois. 

Au cœur des forêts sombres des Catskills et dans l’hiver new-yorkais, leurs récits en écho racontent deux vies traversées de pulsions contraires, aimantées l’une vers l’autre : deux âmes jumelles et magiques qui se cherchent en tâtonnant dans l’obscurité. 

Un premier roman somptueux dédié aux figures mi-humaines mi-animales venues de la nuit des temps.


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