Bangkok déluge de Pitchaya Sudbanthad

Bangkok déluge est un étrange roman qui nous est proposé par les éditions Rivages à l’occasion de cette rentrée littéaire. Un roman qui va nous plonger dans Bangkok, du XIXème siècle jusqu’aux année 2070.

Bangkok l’insaisissable

Au travers de quatre parties, qui elle-même se divise en plusieurs chapitres… La première partie va nous permettre de découvrir différents personnages dans différentes temporalités et c’est probablement le chapitre le plus complexe à mon sens, les éléments permettant de situer les éléments dans le temps n’étant que peu présents.

Rapidement, je me suis demandé si ce sentiment d’être perdu dans le Bangkok temporel était un moyen de nous faire penser à cette foule présente dans la capitale thaïlandaise et doit nous perdre géographiquement (vous me suivez ? Pour faire simple, j’imagine qu’il y a une volonté de nous perdre dans le temps comme nous serions perdu dans la ville).

Nous plongeons donc dans cette ville à l’histoire si riche, démarrant (temporellement) au XIXème siècle avec un médecin qui vit plutôt mal d’être considéré comme un simple sorcier pour se poursuivre dans les années 1970 (en 1973 pour être très précis) pour se prolonger dans un futur où la ville finit sous les eaux.

Bangkok en Thaïlande et dans le monde

Le personnage qui me semble le plus intéressant reste le personnage de Nee, que nous croisons en tant qu’étudiante, subissant la perte de son amour dans la répression étudiante de 1973 et que nous allons pouvoir suivre de façon un peu plus marquée au fur et à mesure du temps. Elle a du mal à vivre sa vie et se laisse enfermé dans un passé qui la hante….

Si la jeune Nee, devenue tante et mère reste à évoluer dans une Thaïlande qui semble continuer à se développer, ce n’est pas le cas des différents proches qu’elle peut avoir.

De son côté, elle va tenter d’exorciser ses démons en prenant un emploi relativement subalterne par rapport à ce qu’elle aurait pu espérer faire dans un monde différent…

Et ce passé ressurgira au loin, auprès de sa soeur plus précisément, parti au Japon pour développer un restaurant thaïlandais. La difficulté à s’approvisionner conduira sa soeur à accepter l’aide d’un compatriote que Nee ne connaît que trop bien. Loin de vouloir vous divulgacher l’intrigue, nous verrons aussi le poids de l’histoire et la division au sein des familles que cela peut engendrer…

La nourriture comme solution ?

Ce qui est étonnant, c’est que nous découvrons un certain nombre de thaïlandais qui ont fait le choix de partir dans différents pays, que ce soit orientaux et occidentaux et qui, au final, on réussit à s’intégrer peu ou prou mais toujours avec un écho fort à leurs origines. Peut-être comme l’auteur qui souhaite retrouver une partie de son histoire ou montrer son attachement à une ville qu’il a quitté il y a longtemps ?

Toujours est-il que nous voyons que la nourriture prend une part importante dans la vie des Thaïlandais, ce que nous voyons de façon très significative au travers de la soeur de Nee.

Bref, nous comprenons rapidement qu’une attache réelle demeure entre les thaïlandais et leur capitale.

Ce roman va poursuivre l’histoire, partant sur de l’anticipation, en imaginant ce que pourrait devenir la ville une fois les conséquences du réchauffement climatique sur une des plus grandes villes au monde.

Un roman qui est définitivement atypique, étonnant, riche et qui sonne comme une déclaration d’amour à une ville insaisissable, évolutive et prête à relever tous les challenges.

Il n’est pas étonnant que ce titre ait été identifié comme livre remarquable de l’année par le New York Times et le Washington Post, même si dans l’absolu, la dimension imaginaire, bien que présente, ne me semble pas si marquée que cela mais ne soyons pas sectaire ;).

Dans le cadre des Utopiales 2021, j’ai eu la chance de pouvoir échanger avec l’auteur, vous retrouverez bientôt la retranscription ici même.

Rivages (Septembre 2021) – 420 pages – 23 € – 9782743653682
Traducteur : Bernard Turle (Etats-Unis)
Titre Original : Bangkok Wakes to Rain (2019)

Un médecin américain en mission au XIXe siècle, des étudiants de l’université de Thammsat confrontés aux répressions militaires de 1976, un photographe déraciné fuyant les fantômes du passé, des adolescents embarquant les touristes sur les eaux qui submergent les buildings…
Traversant les décennies jusqu’aux années 2070, au gré de destins chahutés tous intimement liés à cette cité envoûtante, Bangkok Déluge navigue entre les traumatismes de l’Histoire et l’anticipation d’un avenir proche où l’homme tente de repousser toutes les limites que la nature lui impose.
Dans une langue aussi fluide que les flots qui l’inondent, Pitchaya Sudbanthad offre une immersion dans une Bangkok en perpétuel mouvement, un portrait grandeur nature d’une ville tentaculaire tour à tour piège et refuge, et fait de son roman un magistral chant d’amour à tout ce qui résiste à l’oubli.

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