Widjigo d’Estelle Faye

En cette rentrée littéraire, plusieurs titres sont parus chez Albin Michel Imaginaires et notamment Widjigo d’Estelle Faye, dont la couverture attire nécessairement l’oeil.

Deux époques liées par la violence

Toute l’histoire commence (au sens roman du terme) par l’arrivée de Jean-Verdier et de ses soldats en Bretagne. L’objectif, dans un contexte où les têtes ne font que tomber, le jeune lieutenant a pour mission d’envoyer en justice Justinien de Salers, un noble planqué au bord de la mer.

Mais à l’arrivée du lieutenant, la situation dérape. Non que le vieil homme s’attaque à la troupe, mais tout simplement leur ouvre la porte et leur permet même d’échapper aux tourments de la mer, oh combien proche.

L’étrangeté continuera lorsque le noble demandera simplement une nuit pour raconter l’aventure qu’il a vécu et qui le conduit à l’instant présent…

Et cette histoire va nous renvoyer dans le passé du noble, et dans une autre contrée, du côté de Terre-Neuve, 40 ans plus tôt.

Alors qu’il avait quitté pour une raison que nous ignorons, Julien de Salers se voit confier la mission de chercher la cause de la disparition d’un équpage, duquel seul le jeune Gabriel a survécu. L’équipe avec laquelle il va devoir travailler (Marie une sang-mêlé et Veneur un botaniste) va devoir se rendre en terre Algonquines mais sera rapidement livrée à elle-même suite à un naufrage dont ils ne seront que peu de survivant.e.s.

Tous coupables ?

Dès que les naufragé.e.s vont se rejoindre sur la plage, sans une réelle compréhension quant aux événements qui sont à l’orgine. Pire, nous ressentons dans l’attitude de chacun.e d’entre eux comme un relent de culpabilité. Il est très difficile d’expliquer ce sentiment, si ce n’est qu’un ensemble de non-dits et de sous-entendus semblent se refléter dans les relations…. Et pire que tout, chacun.e. semble aussi avoir quelque chose à cacher.

Le premier est bien sûr Gabriel, duquel nous ne savons finalement que peu de choses et dont la survie mystérieuse ne cesse d’interroger et de questionner quant à une éventuelle malédiction ; Ephraïm, prêtre on ne peut plus rigouriste sur sa pratique, qui a survécu avec sa fille adoptive et dont la relation semble complexe ; Jonas dont la seule motivation semble au premier abord financière et bien sûr Justinien de Salers dont la présence en Terre-Neuve semble la conséquence d’actions dans sa Bretagne natale….

Rapidement, ces non-dits vont se retrouver au coeur de l’action quand un survivant est retrouvé mort, entraînant une suspicion latente…

Qui sont les monstres ?

Toute la question est là : chacune des personnalités que nous présente Estelle renvoie à une histoire complexe, à une histoire à laquelle ils vont devoir faire face… Et cela nous mène au Widjigo, cette créature qui vous l’aurez compris, n’est pas étrangère aux disparitions. Mais est-ce vraiment elle le monstre ? Où s’agit-il de ces hommes et femmes qui par leurs actions se sont d’une certaine façon déshumanisé ?

C’est le cheminement que nous propose, de mon point de vue, Estelle dans ce roman qui vous entraînera entre deux époques, deux époques où violence et injustice persiste et qui nous questionneront sur nos propres fantômes.

Un récit angoissant, plein de fureur maritime, et donnant une vision toute personnelle du fameux Widjigo…

Albin Michel Imaginaires (Septembre 2021) – 256 pages – 17,90 € – 9782226457431
Couverture : Aurélien Police

En 1793, Jean Verdier, un jeune lieutenant de la République, est envoyé avec son régiment sur les côtes de la Basse-Bretagne pour capturer un noble, Justinien de Salers, qui se cache dans une vieille forteresse en bord de mer. Alors que la troupe tente de rejoindre le donjon en ruines ceint par les eaux, un coup de feu retentit et une voix intime à Jean d’entrer. À l’intérieur, le vieux noble passe un marché avec le jeune offi cier : il acceptera de le suivre quand il lui aura conté son histoire. Celle d’un naufrage sur l’île de Terre-Neuve, quarante ans plus tôt. Celle d’une lutte pour la survie dans une nature hostile et froide, où la solitude et la faim peuvent engendrer des monstres…

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