Insecticide de Steven Saylor

Les éditions Le Passager Clandestin proposent en mois de mai deux nouvelles supplémentaires dans leur collection Dyschroniques : Insecticide de Steven Saylor et Continent Perdu de Norman Spinrad dont nous vous parlerons un peu plus tard.

Une société totalitaire et privatisée

Tout commence par notre rencontre avec John Moreland, un homme en télétravail permanent (même si à l’époque du texte, cette notion n’existait que dans l’esprit des auteurs de science-fiction et sans ce terme) qui est envahit de cafards dans son appartement.

Sa seule option est d’appeler la société Bund, omniprésente dans ces Etats-Unis du futur (ou de notre présent) : la société en question intervient autant sur des sujets de recherches médicales que sur… les invasions de cafard. Notre homme fait donc ce qu’il a faire et son compte dans la société lui donne même l’avantage d’être servi dans des délais courts.

L’arrivée de l’homme-de-Bund, jovial et équipé de cet insecticide qui devrait faciliter la vie à notre télétravailleur, devrait être une délivrance. Mais John est inquiet quant à la nocivité du produit, une inquiétude qui ne s’arrangera pas quand il verra la quantité de produit répandue dans son appartement et les démangeaisons qui apparaitront dès le départ de l’agent…

Son anxiété ne fera que croître et le contraindra à rappeler la multinationale.

Un œil critique sur un avenir contrôlé

Ce texte de 1986 étonne par sa clairvoyance : c’est au cours des années 80 que les Etats-Unis ont imposé une vision libérale du monde, s’appuyant sur le développement de la technologie et l’importance des entreprises privées que nous retrouvons ici traduite par l’omniprésence de la société Bund qui semble avoir pris le contrôle de bons nombre de domaines avec pour volonté affichée (mais pas forcément avérée bien sûr) d’offrir des services pour le bien être de ses clients. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ce contrôle ne va pas sans conséquence pour notre John qui va sombrer de plus en plus dans une anxiété exarcerbée par les informations qu’il entend.

Nous plongeons avec la même angoisse, suspectant fortement la cause de ce mal-être… Et le plus étonnant, c’est que ce texte fait écho à tellement de scandales sanitaires, sur la base de “ne vous inquiétez pas, vous ne risquez rien”, parmi lesquels l’amiante est le premier qui me vient à l’esprit, mais pas forcément le dernier.

C’est aussi la description d’une solitude, avec le centrage de l’action sur 3 personnages : John bien entendu et sa solitude permanente, dans un appartement qui occupe tout son temps et toute son activité, le dératiseur dont l’intervention sera le déclencheur de la suite des événements et enfin, la téléopératrice dont la froideur montre n’est que l’exact reflet d’un monde gouverné par l’entreprise.

Un texte, à nouveau, qui questionne sur notre présent, et richement enrichi par une préface récente (février 2021) de l’auteur et une explication du texte et de son contexte.

Le Passager Clandestin (Mai 2021) – Dyschroniques – 82 pages – 6 € – 9782369354703
Traduction : Yannick Mathé
Titre Original : Insecticide (1986)
Couverture : Yanni Panajotopoulos

« — Le produit est-il très toxique ? Je suppose qu’il me faudra quitter l’appartement pendant un certain temps.
— Ce n’est pas absolument nécessaire, monsieur. Le plus dérangeant, c’est l’odeur. Si vous restez, vous aurez peut-être de-légères-céphalées-voire-un-soupçon-de-nausée. Nous utilisons en ce moment un nouveau produit, du 811, de haute toxicité pour les insectes, mais tout à fait inoffensif pour les humains. D’autres questions ? »

Dans un futur proche dystopique, la société entière est régie par l’entreprise Bund et ses filiales. Lorsque John Moreland fait appel à la compagnie Exterminator pour se débarrasser des centaines de cafards qui ont envahi son appartement, il est loin de se douter que ses problèmes, loin d’être résolus, ne font plutôt que commencer…

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