Le chien du forgeron de Camille Leboulanger

Les éditions Argyll propose un nouveau titre de Camille Leboulanger qui va nous plonger dans la légende celtique irlandaise en nous donnant sa lecture de la légende de Cuchulainn, le Chien du Forgeron.

Qui est Cuchulainn ?

Ce nom vous parle peut-être puisque le personnage du Chien du Forgeron avait été mis en avant par le groupe Manau (pour les nostalgiques).

Camille reprend ici donc un symbole de la virilité en nous présentant un personnage que vous adorerez haïr… au travers d’un narrateur que nous avons du mal à situer et dont nous apprendrons bientôt qu’il a cotoyé, à différents moments, le Chien du Forgeron ou son entourage.

Tout commence comme bien souvent par des histoires de famille, et un mariage de raison qui ne semble pas convenir à la principale intéressée. Entre le vieillard qui vit dans l’ombre d’un roi apprécié et la soeur du même roi qui aurait espéré une meilleure destinée, la naissance de Setanta semble improbable… Ce qui sera probablement une des raisons de cette rumeur persistance d’une possible filiation de Setanta avec Lug, le dieu fils de Dana.

De cette situation et de la réaction des adultes naîtra le personnage de Cuchulainn, qui n’aura de cesse de se rendre visible, voulant montrer son courage et sa puissance, quitte à s’attirer les foudres des adultes et notamment de son oncle, alors même que Setanta cherche uniquement à trouver une place auprès de ce roi qui a su unir les clans.

La légende commence lorsque le jeune garçon se retrouve puni pour avoir tué le chien de garde du forgeron de Culann : il devra prendre, jusqu’à ce qu’à être remplacé par un autre chien, le rôle de chien de garde. Ce qui semblait être une punition va contribuer à la légende de celui qui deviendra un des plus grands guerriers.

Un personnage résolument viril

Ce qu’on ne peut pas retirer à Cuchulainn, c’est cette force, que ce soit physique ou de caractère, qui le verra s’imposer dans tout ce qu’il fera. Poussé par des adultes qui n’ont aucune considération pour l’enfant et l’homme qu’il deviendra, sa mère en tête, Setanta pensera devenir un “Héros” comme d’ailleurs son destin semble le prévoir… Et probablement cela serait l’image qui serait restée si notre narrateur n’avait une revanche à prendre sur Cuchulainn, profitant pour dévoiler ce qu’est la réalité derrière la légende.

Pauvre garçon qui n’a jamais été homme, et à peine chien. Le Chien n’a jamais été qu’une arme : une lance sans maître.

Car si nous ne pouvons pas minimiser la puissance de l’homme et sa qualité au combat, il est aussi évident que le personnage que nous dresse le narrateur est bien loin de l’image que nous nous faisons du héros. Colérique, à la recherche du succès et mysogyne (si tant est que nous puissions utiliser ce terme pour une époque aussi ancienne), Cuchulainn nous devient rapidement pathétique…

Pathétique parce qu’il n’arrive pas réellement à se faire une place dans ce monde qui ne semble pas le comprendre. Alors qu’il ne voulait que répondre à la volonté de sa mère de se rapprocher du pouvoir (et donc de son oncle), chaque tentative du garçon pour répondre aux attentes des adultes l’entraînera de plus en plus loin de ce qu’il devrait être.

Pathétique parce qu’il ne comprend pas ce monde qui l’entoure et que même dans ses relations “amoureuses”, il ne verra la femme que comme une conquête à avoir. Cette conquête qui l’amènera à s’enfoncer encore plus dans l’absurde… Tout en développant son aura de guerrier.

Pathétique enfin parce qu’au final il aura sacrifié sa vie (non, ce n’est pas un divulgâchage en règle, l’histoire est connue ^^) pour rien, pour un destin dont il aurait pu s’éloigner.

Le récit de Camille, qui s’éloigne bien sûr de la légende “officielle”, nous laisse un sentiment bizarre : car au final, j’ai plus eu l’impression d’un gamin sacrifié par des volontés parentales que par un garçon qui aurait mal tourné.

Nous parlons de Cuchulainn, mais c’est tout son entourage qui est à pointer du doigt, et c’est aussi, à mon sens, le poids de l’éducation qui est ici pointé. L’oncle-Roi qui a mis à l’écart sa soeur et n’a pas su prendre la mesure des attentes de Setenta, d’une mère qui souhaite reprendre une forme de pouvoir au travers de son fils, j’en passe et pas toujours des meilleurs.

Seule éclaircie à cette noirceur, quelques personnages semblent vouloir surnarger à commencer par Ferdiad, qu’on pourrait qualifier de meilleur ami de Cuchalainn, prêt à l’accompagner et à l’aider dans ce destin étonnant et Scathach qui a toujours un espoir de voir une évolution dans la politique des hommes…

Par contre, reste un grand doute sur le narrateur : nous retranscrit-il l’histoire telle qu’elle est ou ne fait-il que se venger… Le mystère demeure.

Argyll (19 août 2021) – 256 pages – Papier 18,86 € (9782492403194) ou numérique 9,47 € (
9782492403200)

Approchez, approchez ! Alors que tombe la nuit froide, laissez-moi vous divertir avec l’histoire de Cuchulainn, celui que l’on nomme le Chien du Forgeron ; celui qui s’est rendu dans l’Autre Monde plus de fois qu’on ne peut le compter sur les doigts d’une main, celui qui a repoussé à lui seul l’armée du Connacht et accompli trop d’exploits pour qu’on les dénombre tous.
Certains pensent sans doute déjà tout connaître du Chien, mais l’histoire que je m’apprête à vous narrer n’est pas celle que chantent les bardes. Elle n’est pas celle que l’on se raconte l’hiver au coin du feu. J’en vois parmi vous qui chuchotent, qui hésitent, qui pensent que je cherche à écorner l’image d’un grand homme. Pourtant, vous entendrez ce soir la véritable histoire du Chien. L’histoire derrière la légende. L’homme derrière le mythe.
Approchez, approchez ! Venez écouter le dernier récit d’un homme qui parle trop…

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