Sauter des gratte-ciel de Julia Von Lucadou

Sauter des gratte-ciel est un roman qui m’intriguait, autant par la couverture que par son titre qui laissait présager une histoire un peu atypique… ce qui fut bien le cas pour un titre qui a reçu Le Prix suisse de la littérature.

Le futur sera bienveillant !

Le monde a changé. De façon à s’assurer du bien-être de tout à chacun, la transparence est le leitmotiv d’une société qui va contrôlé tout, tout le temps dans tous les domaines.

Chaque action de chacun individu est suivi par un appareil qui rappelera, le cas échéant, qu’il est temps de manger, de se reposer, … permettant de garantir la santé du plus grand nombre et une tranquillité dans la gestion quotidienne, libérant de toutes ces questions qui nous gâchent le quotidien.

Cette maîtrise du corps se reflète aussi autour d’un sport un peu particulier, le Flysuit. Imaginez une combinaison qui vous permet de défier la mort, qui vous permet de sauter des gratte-ciel (on y revient) et, au moment où vous allez toucher le sol, vous activez une action qui vous fait “rebondir”. C’est le sport dans lequel Riva excelle, et elle fait rêver les foules, elle qui est venue de zones moins favorisée.

Mais elle a décidé pour une raison inconnue d’arrêter, ce qui ne convient pas à la société, non plus à son entraineur. Hitomi, une jeune psychologue employée par PsySolution, va avoir comme mission de la faire repartir sur le terrain et pour cela tous les moyens sont bons.

Un monde sous contrôle

Vous l’aurez compris, la thématique centrale est autour du contrôle de la population et ses conséquences. La jeune Hitomi pense légitimement faire son devoir en essayant de comprendre et de faire changer la décision de la star de Flysuit.

Mais très rapidement, elle va comprendre que ce contrôle “bienveillant” à un revers bien moins glorieux… Le contrôle est permanent et tout incartade vous vaudra d’être tracé, manipulé jusqu’à être dégradé de votre rang si tant est que vous en ayez un. Car c’est aussi cela que nous allons découvrir au fil des pages de ce huis-clos : la société dans laquelle évolue Hitomi et Rida n’est pas aussi bienveillant que l’image nous laissait penser.

Si le coeur de la ville semble baigné dans une harmonie totale, où chacun·e trouve sa place, il existe une zone, juste à l’extérieur qui semble totalement exclue de ce monde idéal. Pire, nous suspecterons rapidement que la société – même est-ce bien étonnant – est à deux vitesses.

Le récit de Julia Von Lucadou est donc définitivement une dystopie , une dystopie de la bienveillance qui prouvera s’il était encore nécessaire, qu’une société idyllique présente toujours un revers de médaille.

Malgré une action relativement “légère”, j’ai plongé facilement dans ce récit qui nous rend observateur d’une société de surveillance qui devrait nous faire réfléchir (encore ?) sur les informations que nous acceptons de partager et notre propension à en dévoiler toujours plus à nos applications.

Actes Sud (Mai 2021) – Exofictions – 276 pages – 22€ – 9782330151010
Traduction : Stéphanie Lux (Suisse)
Titre Original : Die Hochhausspringerin (2018)

Dans un futur proche, le culte de la transparence règne : tout est filmé, liké, évalué, commenté en direct. Les gens vivent avec leur tablette allumée en permanence. La société prône l’optimisation du corps et de l’esprit, et tout le monde porte un activity tracker qui contrôle son activité physique, son sommeil, ses constantes vitales. Les jeunes gens qui sautent en Flysuit du haut des gratte-ciel, se rattrapant à la dernière seconde avant de toucher le sol, sont des stars aux millions de fans et vivent dans des appartements au coeur de la ville, un privilège réservé aux plus performants – et aux plus obéissants. Riva est une de ces nouvelles héroïnes qui font rêver les foules. Jusqu’au jour où, sans la moindre explication, elle décide d’arrêter de sauter. Son entraîneur fait alors appel à la société PsySolutions. Hitomi, une jeune psychologue, est chargée de l’observer jour et nuit par le biais de cameras installées dans le luxueux appartement de la jeune femme afin de la remettre dans le “droit chemin”. Si elle échoue, elle risque d’être reléguée dans les Périphéries, ces marges infâmes de la société…

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