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L'actualité des littératures de l'imaginaire


Retrouvez l’actualité des littératures de l’imaginaire (Science-Fiction, Fantastique, Fantasy, et autre) ainsi que des interviews de celles et ceux qui les construisent.

Echange avec André David

Tout juste paru aux éditions Critic, Les naufragés de l’institut Fermi nous plonge dans une histoire de voyage dans le temps, sur la base de ce paradoxe mathématique qui alimente les discussions scientifiques mais titille les neurones des autrices et auteurs de SF….

Comment on en vient à écrire sur ce sujet ? André a accepté de l’aborder avec nous.

La photo est © Marie Blanchin (Marie BL Photographie)

Bonjour André, ton premier roman Les Naufragés de l’Institut Fermi vient de paraître aux Éditions Critic… Comment en es-tu venu à écrire ton premier roman ?

Bonjour Allan. J’ai toujours écrit, sous diverses formes, aussi loin que je m’en rappelle. C’est un projet qui me tenait à coeur depuis plusieurs années. Je me suis d’abord essayé à la forme courte pour travailler la technique, tout en prenant des notes sur le roman que j’avais dans un coin de la tête. Le choix de l’imaginaire plutôt qu’un autre genre s’est fait par affinité avec mes lectures. Je suis avant tout un gros lecteur de science-fiction.

Ton roman s’appuie sur le fameux paradoxe ou problème de Fermi : comment le présenterais-tu aux futures lecteurs / lectrices ?

Le paradoxe de Fermi, c’est une réflexion qui est à la fois passionnante et très sérieuse, car elle mélange imaginaire et théorie scientifique. En quelques mots, le paradoxe vient du fait que quelles que soient les conditions que l’on pose pour déterminer la probabilité de l’existence conjointe d’une autre forme de vie que la nôtre, on obtient toujours 1, ce qui signifie que mathématiquement, nous aurions déjà dû connaître ce premier contact. Il existe tout un tas d’explications à ce paradoxe, certaines farfelues (nous sommes une expérience), d’autres plutôt crédibles (problème de synchronicité dans le temps et dans l’espace) mais elles n’expliquent pas tout. J’utilise ce paradoxe dans son acception qu’on peut qualifier de “collapsologique” : les civilisations s’écroulent avant d’avoir atteint la possibilité de se rencontrer.

Un des éléments clefs de ce récit est le voyage dans le temps : deux approches sont évoquées dans ton récit. Pourquoi ne pas avoir fait le choix sur un mode de voyage ?

Les deux modes de voyage se complètent et permettent d’étendre la réflexion sur l’identité que j’essaie de conduire en filigrane du texte. D’un côté il y a ce que j’appelle la Dérive, qui vous réduit à ce que vous êtes en tant que pool génétique. Vous n’existez jamais vraiment en tant qu’individu puisque vous n’êtes ni vraiment un corps, ni vraiment un esprit. De l’autre, il y a le Voyage, qui est indissociable de cette société composée de clones, dans laquelle, pour exister, il faut s’extraire de la masse de ses semblables. Mettre en place ces deux procédés m’a permis d’avoir deux approches, comme deux angles de caméra différents. Cela permet aussi de bien dissocier les deux trames, pour mieux les opposer.

Nous suivons principalement deux personnages – Louis et Gwen – qui vont, par petites touches, influencer l’histoire et donc l’avenir de l’humanité… Y vois-tu une analogie avec la psychohistoire qui essaie d’anticiper les tendances par l’analyse des masses ?

Oui, la psychohistoire, c’est une idée qui m’a beaucoup marquée à la lecture de Fondation. Dans les Naufragés, la démarche est un peu différente quoique finalement dans le même esprit : l’histoire suit une trajectoire qu’il est possible d’infléchir. Dans Fondation, les graines sont déjà semées. Là, les personnages les dispersent a posteriori. J’aimais aussi beaucoup l’idée de ne pas me concentrer sur les grands personnages de l’Histoire, mais plutôt sur les hommes et les femmes de moindre condition. De ce fait, il n’est pas possible de mettre des coups de barre à droite et à gauche, et tout bouleverser, ce serait un véritable chaos, non maîtrisable par ceux qui tirent les ficelles.

Finalement, nous avons le sentiment que ces actions n’ont qu’un impact très faible sur le mouvement général : aucun espoir que la petite goutte ne freine la vague ?

Adolescent, j’ai été beaucoup marqué par une image trouvée par Saint-Exupéry dans “Vol de nuit”. Il compare ses missions à un pompier qui tenterait d’éteindre un incendie avec des verres d’eau. Il y a cette fatalité, dans le texte, quand les personnages s’élancent face à la tâche gigantesque qu’on leur impose. J’ai voulu m’approprier cette figure, mais je l’ai transformée à ma manière. C’est la mer face au rocher. Finalement, c’est la mer qui gagne, mais ça prend des siècles. Si aucun élément perturbateur n’était venu entraver la démarche de l’Institut Fermi, je suis persuadé qu’ils seraient parvenus à leur fin !

J’ai trouvé par moment que le récit était difficile, du moins au démarrage, notamment pour ceux qui n’auraient pas jeté un œil à l’histoire de Fermi : avais-tu la volonté d’offrir un récit pour un public connaisseur et/ou exigeant ?

En tant que lecteur, quand je me plonge dans un récit de SF, je sais qu’il va falloir “passer la barre”, dépasser la zone où les vagues déferlent. Il y a, dans la matière scientifique, des concepts époustouflants. Je trouve qu’on ne devrait pas balayer les questions mathématiques ou physiques sous prétexte que c’est aride ou abstrait. C’est tout aussi abstrait que la philosophie. Il y a, dans la lecture des articles scientifiques, une certaine forme de beauté abstraite, purement spéculative, qui me fascine, d’autant plus que j’ai toujours souffert en mathématiques, mais alors vraiment souffert, pendant mes études supérieures. J’y suis revenu sur le tard ! Pour adoucir le côté scientifique, j’ai fait en sorte qu’on le découvre au travers une lecture du personnage principal, et, plus tard, en singeant le style des précis mathématiques de l’époque Moderne. Je ne voulais pas faire l’impasse sur cet aspect de ma réflexion. Après, il n’y a aucune exigence particulière, selon moi, en tout cas, l’éditeur n’a pas taillé dans les passages concernés, donc c’est qu’ils ont leur place dans le texte.

Il est évident que je ne vais pas divulgâcher l’histoire, mais m’en voudrais-tu de dire que je ne t’ai pas trouvé très optimiste ?

Le fait est là : nous sommes désespérément seuls. L’une des solutions du paradoxe de Fermi est que nous allons dans le mur. C’est mathématiquement irréfutable (peu ou prou). Pourtant, le cours de nos civilisations n’évolue pas, on ne file pas vers le mieux, ni le “moins pire”. Pendant mes années à l’armée, j’ai constaté jusqu’où les dérives peuvent conduire. Le chaos, la misère, le repli sur soi. Ni optimiste, ni défaitiste : je reste persuadé que la vie trouve toujours un chemin. Notre niveau de confort est tel qu’aujourd’hui, nul n’envisage une vie sans équipement, sans électricité. Pourtant, tout cela n’a que deux ou trois générations. On peut très bien se laisser penser que le retour à la normale pourrait bien avoir lieu.

Quel effet cela te fait-il de découvrir les avis sur ton roman : une forme de soulagement ou d’inquiétude ?

Le grand pas en avant a été pour moi de faire lire mon texte à mes proches, voire autour de moi, dans mon cercle professionnel. Les retours des gens qui vous connaissent, c’est effrayant. Pour ce qui est des avis plus généraux, j’ai lu très récemment Laurent Genefort, un auteur que j’admire, dire que toute forme de retour, même sans argument, était bonne à prendre, car tout est matière à progresser. Il a raison ! Je note toutes les critiques, tous les avis dans un répertoire. Je vais corriger ce qui déplaît, capitaliser sur ce qui plaît. Mon prochain texte sera meilleur, et, je l’espère, ainsi de suite !

Et maintenant, as-tu d’autres histoires à nous raconter qui seraient dans les tuyaux ?

J’espère avoir le temps d’épuiser mon stock d’histoires ! Je travaille depuis bientôt deux ans sur un texte que j’ai du mal à boucler, alors je viens de prendre la décision de le laisser en jachère quelque temps. C’est une décision rude car je crois dans le potentiel de cette histoire. J’ai aussi eu le bonheur d’être papa, ce qui de facto a réduit considérablement les plages de temps libre pour écrire. Mais oui, beaucoup de projets ! Je suis très superstitieux, c’est compliqué d’en parler !

Comme le veut la tradition sur le site, je te laisse le mot de la fin 🙂

Merci pour ton site, très agréable à lire, et à ton retour très bienveillant. J’ai une question pour toi : tu es plutôt “équipe Louis” ou “équipe Gwen” ? C’est une question qui me taraude : quel personnage les lecteurs vont-ils préférer ?


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