Images de la fin du monde de Christophe Siebert

Chroniques de Mertvecgorod – 1ère histoire

Il est probable qu’Images de la fin du monde tout comme Feminicid ne laisseront pas indifférent le lectorat… La violence, le sexe, la corruption qui émaille chacune des pages – et plus ce premier opus que le deuxième – entraîneront probablement chez certain·e·s, un peu comme cela a été le cas à l’époque pour un film comme Orange Mécanique. Pourtant, vous auriez tort de faire demi-tour !

En route pour Mertvecgorod

Si vous cherchez sur une carte du monde, vous ne trouverez jamais Mertvecgorod. Présenté comme un pays de l’ancien bloc soviétique, nous sentons que le pays hésite entre le capitalisme et son passé soviétique.

Ou pour pour être totalement honnête, il semble que cette “République Indépendante du Mertvecgorod” est très centrée sur sa capitale, une mégalopole totalement polluée, construite sur les restes d’un ancien site de sacrifice.

Bref, la ville fait froid dans le dos dès le départ et ce que nous découvrons n’est rien moins que la transformation d’une société vers une forme de déchéance extrême.

Car le pays a su surfé dès son indépendance sur le capitalisme pour devenir un état où tout est possible et surtout le pire : commerce de déchets, mais aussi commerce du sexe, trafic humain et d’organes, malversations politiques, tout est présent pour dresser le portrait d’un état corrompu, prêt à tout pour exister indépendamment de toute morale.

Un attentat pour commencer

Christophe nous plonge tout de suite dans l’ambiance, avec un premier contact avec Vincent Lacroix, journaliste envoyé dans cette ville pour rencontrer un étrange personnage : Nikolaï le Svatoj. La raison de l’entretien est simple, la rumeur d’un attentat contre l’échangeur principal de Mertvecgorod, et de la Cathédrale-Ossuaire a proximité n’est un secret pour personne, mené et quoi de mieux pour en parler que de rencontrer le patron du Sit, revendiquant cette volonté de déstabilisation.

Le chemin que suivra Vincent Lacroix nous permettra dans le même temps d’en apprendre plus sur cet étrange personnage, et sur le pays en lui-même. Déjà, nous sentons la crasse, les affres d’une population soumise à un gouvernement que rien n’arrête, aux mœurs tellement dépravées que cela vous donne l’envie de vomir… Cette politique qui se situe entre les pratiques post-soviétiques et dans une démarche de mise en place d’un capitalisme sans retenue prend les pires aspects de chaque pour le plus grand drame des populations qui ne peuvent que subir… A nouveau.

Cette description, qui se situe quelques années dans le futur, donne le ton et l’ambiance du reste du récit.

La suite est une succession de portraits qui vont nous faire découvrir des aspects encore plus sombres de l’humanité, sans nous laisser le temps de digérer, comme une succession de baffes dans la tête.

Et les personnages que nous croisons sont à la limite de la rupture ou vont la provoquer.

Une galerie de portraits plus dérangeants les uns que les autres

Cela commence par ces enfants qui vont commettre l’inacceptable, montrant une bonne fois pour toute le rejet de ces adultes qui ne prennent pas en compte les générations suivantes. Un chapitre définitivement dérangeant et ultra-violent aux limites du supportable (et qui le dépasse même) : cette lassitude d’une jeunesse qui ne croit plus en notre capacité d’adultes à prendre et traiter les sujets de société ne peut que nous rappeler la mobilisation de la jeunesse pour le climat. Que faisons-nous pour notre jeunesse et comment va-t-elle réagir à cette perte de confiance vis-à-vis de leurs aieul·e·s ?

Nous désirons que les adultes, sans distinction, en bavent jusqu’à en crever. Vous êtes corrompus, ignobles et salissez et détruisez le monde et tout ce qui y vit. Nous vous haïssons et préférons tuer vos enfants et mourir plutôt que de devenir comme vous.

La danse de mort

Il est aussi question de sexe, avec une société Sex is Violent qui vous permet d’assouvir vos pires fantasmes, avec manipulation et chirurgie esthétique : la société du sexe poussée à l’extrême, pour possesseur de pouvoir.

Dernier exemple avec ces deux frangins, obligés de se battre dans un Fight Club où toutes les règles sont abolies, dans l’espoir de récupérer suffisamment de fond pour tout simplement vivre…

Un roman dérangeant… et passionnant !

Difficile de résumer le récit de Christophe. Nous sentons un foisonnement d’idées, la construction d’un univers complexe que nous retrouverons dans Feminicid, centré sur les féminicides (forcément) dont nous entendons parler dans Images de la Fin du monde. Les personnages apparaissent, certains se retrouvent d’ailleurs dans les deux romans, sous des angles différents, nous laissant penser qu’un dessein plus large se dessine.

Car une dimension semble se dégager, tout juste évoquer dans ce roman, plus visible dans le suivant : une religion ancestrale, basée sur les sacrifices humains, était présente dans la région et nous suspectons cette religion, ou en tout cas la cause de la construction de cette religion pourrait expliquer la noirceur et l’horreur de la société qui se construit en Mertvecgorod.

Au-delà de cette horreur que Christophe nous décrit sans filtre, je dois avouer que j’ai été impressionné par la construction du roman et la complexité de cette ville / état qu’il a créé. Le roman est annexé avec une trame historique, et une fiche Wikipedia qui nous permet de donner une réalité et une assise à RIM, données complétées d’ailleurs dans le dernier volume.

J’avoue avoir eu du mal à rédiger cette chronique, tant la lecture a été étrange pour moi, avec le sentiment de rester un voyeur d’une horreur dont je ne pouvais détourner le regard. Le cycle fera nécessairement parler de lui, et Christophe a réussi à créer un sacré univers !!

Au Diable Vauvert (Mars 2020) – 384 pages – 20 € – 9791030703252
Couverture : Olivier Fontvieille

28 avril 2025 : Premier bilan de l’attentat ayant causé la destruction de l’échangeur des avtostradi 1 à 8 et de l’ossuaire de la Zona : plus de 8 000 morts, plus de 30 000 blessés et au moins 5 000 disparus. Quelle est l’implication réelle du Sit, et de son mystérieux gourou Nikolaï le Svatoj, dans l’attentat le plus meurtrier de Mertvecgorod ?

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